Vol. 1 n° 1 · Analyse
De la réflexion à l’action

C © GRAHN-Monde, 2012 Reproduction autorisée, moyennant mention de la source es lignes destinées à l’origine aux membres de GRAHN-Suisse sont reprises ici parce qu’elles nous concernent tous, de la famille GRAHN.
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© GRAHN-Monde, 2012
Reproduction autorisée, moyennant mention de la source
es lignes destinées à l’origine aux membres de GRAHN-Suisse sont reprises ici parce qu’elles nous concernent tous, de la famille GRAHN. Elles s’adressent en outre à tout groupe dont les membres, impatients de voir les résultats, de récolter une reconnaissance publique, de se faire connaître dans leur communauté de la diaspora et du pays, demandent instamment un engagement visible. Cette tendance à l’action, tout à fait compréhensible et naturelle, ne devrait cependant pas prendre le pas sur la réflexion dans un mouvement qui vise le long terme. Cet aspect de notre vision est fondamental. Il constitue en fait la différence entre le GRAHN et les multiples organisations actives dans notre pays. L’oublier serait nous condamner à l’échec. Nous devons être conscients que nous ne verrons pas toujours à court terme les résultats de nos initiatives. Ils ne seront définitivement acquis qu’à travers une réflexion permanente, aussi pénible et déconcertante qu’elle puisse se révéler. Prenons donc le temps de nous remettre en mémoire la signification et l’importance de ces deux éléments sur lesquels se base notre Groupe, en marche – à travers la Réflexion et l’Action – vers notre objectif : une Haïti Nouvelle.
À PROPOS DE LA RÉFLEXION Il faut reconnaître qu’elle est inconfortable. Quand elle est confrontée à la réalité, celle-ci l’oblige souvent à la modestie, parfois même à changer substantiellement de cap. Elle est dangereuse, car elle peut nous amener à nous remettre personnellement en question. Elle est incertaine, car elle risque de sombrer dans le néant, quand elle ne se mesure pas à la réalité à travers l’action. Elle est aussi
ingrate, puisque souvent les résultats positifs qui en découlent ne sont mesurés qu’à travers les actions induites. Elle n’est pas rémunératrice. On finance des projets porteurs de résultats mesurables, mais pas la réflexion à la base. Écourter ce processus nous conduit souvent à des actions mal planifiées, vouées à l’échec.
VENONS-EN À L’ACTION Depuis des décennies des milliers d’ONG sont actives en Haïti. Certaines peuvent être, prises individuellement, très efficaces et performantes. Une association pareille de plus ou de moins ne changera rien à la donne et ne pourra pas prétendre initier l’Haïti nouvelle que sous-entend la dénomination du GRAHN. Certes, l’action est plus gratifiante que la réflexion. Elle est visible, promet des « résultats » immédiats, attire plus de donateurs. Pourtant, sans la réflexion en amont, elle fait perdurer la situation que nous connaissons si bien et que nous réprouvons tous. Elle aboutit parfois à de tristes et tragiques contradictions. L’exemple qui me vient en tête est celui d’une ONG qui paie des ouvriers ou des paysans pour qu’ils participent à des séances de formation. Le travailleur est content puisqu’il est mieux rémunéré que par le fruit de son travail. L’ONG est heureuse de pouvoir présenter ses statistiques (tant d’ouvriers formés sur un an à tant de dollars par formation et par tête). L’anecdote n’est pas inventée, elle est malheureusement véridique et actuelle. Ainsi, on a neutralisé une main-d’œuvre productive le temps d’une formation dont l’utilité n’est pas avérée. Tout le monde s’en réjouit et u
personne ne fait cas des dommages collatéraux causés au pays. Voici comment on arrive, sans le vouloir, à une situation qui relève du cynisme et de l’irrespect envers ceux qu’on est censé aider. C’est pour éviter de tels pièges que nous avons inscrit la réflexion avant l’action dans notre raison d’être. La réflexion est pour le GRAHN la condition indispensable au changement visé.
EN PARLANT D’HAÏTI NOUVELLE… Commençons ainsi par une approche nouvelle. Prenons d’abord le temps de réfléchir et ne nous laissons pas porter
par un activisme qui a pour seul moteur la perspective d’un succès rapide, mais souvent trompeur. Osons commencer par nous changer et changer ce que nous considérons comme stratégiquement mauvais : agir pour agir. GRAHN-Monde nous offre un cadre de réflexion et d’action concertées. C’est un mouvement novateur de collaboration inter-haïtienne pour un changement. Si nous croyons au processus et restons solidaires dans les moments de défaillance et de doute, nous pourrons arriver à poser quelques pierres dans l’édifice de cette Haïti nouvelle que nous appelons de tous nos vœux. ¢
Jean-Robert Magloire est physicien de formation (TU Munich, Allemagne). Ancien fonctionnaire international, il fut nommé Représentant du Secrétaire Général de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) Urgences Haïti, suite au séisme, en 2010. Il fut membre de l’équipe de Développement du premier PET (Tomographe à Positrons) à Oak Ridge (USA) et l’introduisit en Europe. En tant que chercheur, au Centre de Recherches Nucléaires de Jülich, son travail sur les patients atteints d’Ischémie cérébrale fut primé au Congrès d’Helsinki en Finlande (1984). Jean Robert Magloire est né à Port-au-Prince, Haïti. Il vit actuellement en Europe où il exerce des activités de Consultant TIC et SAP en Suisse et en Allemagne. Il est actuellement président de GRAHN-Suisse. carmelmagloire@gmail.com
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