Vol. 1 n° 1 · Mot des coéditeurs
Développement économique et création d’emplois
Dumay, Ph.D., USA • Narcisse Fièvre, Haïti • Ketleen Florestal, USA/FMI • Randolph Gilbert, Mexique/CEPAL • Paul R.
D
© GRAHN-Monde, 2012
Reproduction autorisée, moyennant mention de la source
Comité éditorial • Paul Altidor, USA • René Wiener Aubourg, Ph.D., USA • Yves Bastien, Haïti • Henri Bazin, Haïti • Pierre-Marie Boisson, Haïti • Camille Charlmers, Haïti • Alix Daméus, Ph.D., Haïti • Daniel Dorsainvil, Ph.D., Haïti • Henri Robert Dubois, Haïti • Harry E. Dumay, Ph.D., USA • Narcisse Fièvre, Haïti • Ketleen Florestal, USA/FMI • Randolph Gilbert, Mexique/CEPAL • Paul R. Latortue, Ph.D., Porto Rico • Richard Mathelier, Haïti • Fénol Métellus, Ph.D., Haïti • Kesner Pharel, Haïti • Michèle D. Pierre-Louis, Haïti • Jerry Tardieu, Haïti • Maude Toussaint-Comeau, Ph.D., USA
epuis sa création, l’État d’Haïti fait face à un certain nombre de défis de nature économique qu’il peine à relever. Si la bonne gouvernance et l’éducation constituent les conditions nécessaires à la création de richesse, elles demeurent à leur tour tributaires d’une certaine croissance économique pourvoyeuse de moyens à l’État, génératrice d’emplois pour toutes les couches sociales, et réductrice de la pauvreté des plus démunis. Or, au cours des cinquante dernières années, le taux annuel de croissance de l’économie haïtienne n’a que très rarement dépassé 5 %. Ce cahier thématique recherche des pistes de solutions concrètes, notamment mais sans s’y restreindre, aux questions suivantes :
• Comment créer la richesse en quantité suffisante pour demeurer un État viable, capable d’assumer ses fonctions régaliennes ? • Comment répartir le peu de richesse disponible pour éviter d’exacerber les disparités économiques et d’entraver la cohésion sociale ? • Comment réduire progressivement le poids de l’aide internationale dans le budget national dans une préoccupation de s’en affranchir à moyen ou à long terme ? ¢
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Le mot des coéditeurs Ludovic Comeau Jr et Charles Clermont
C’est avec grande joie et un sens du devoir citoyen à remplir que nous avons accepté l’invitation de GRAHN-Monde de servir comme les deux coéditeurs du premier numéro de sa revue Haïti Perspectives, consacré au développement économique et à la création d’emplois. Notre enthousiasme se justifiait pour une triple raison. D’abord, la perspective de participer en première ligne au lancement d’une revue thématique scientifique de calibre international nous attirait. Et ce, d’autant plus que sa ligne éditoriale ne se donnait comme limites que celles exigées par le respect de l’éthique et des normes de la démarche intellectuelle responsable et compétente. L’idée d’une publication de grande qualité qui tienne lieu de forum où la pensée haïtienne, à travers de beaux échantillons, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, pourrait s’exprimer en français, en créole et en anglais sur des thèmes du plus haut intérêt pour l’avenir de la nation nous a parue opportune et utile. Voici pourquoi.
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Nan dat 12 janvier 2010, yon tranblemandtè ranvwa pete zo rèldo peyi Dayiti. Li fè dega ki evalye a anviron 120 % PIB peyi a. Lè sa a, anpil kretyenvivan te leve lavwa. Yo te swete fòs sezisman malè degrenngòch sa a ta pral genyen yon efè sou tout moun pou pwovoke yon chanjman fondamantal. Yo te espere chanjman sa a ta pèmèt yon nouvo Ayiti ak yon nouvo lidèchip emèje, ak tout yon nouvo Ayisyen. Plis pase dezan apre goudougoudou a, rèv sa a pa samble li pre pou li reyalize. Annatandan, tout vye malentespri ansyen-ansyen nou yo la pirèd.1 Lè nou te resevwa òf GRAHN-Monde nan, nou te di tèt nou : E si revi Haïti Perspectives la te contribye pou kenbe janm flanm batay chanjman an ? E si li te rive fè sa ak tèlman pèseverans ke, peramezi, ane apre ane, li ta vin tounen yon poto mitan nan kay tou nèf tout moun swete pou gran fanmi ayisyèn nan ?2 1. Le 12 janvier 2010, un terrible tremblement de terre cassait l’épine dorsale d’Haïti, causant des dégâts matériels évalués à environ 120 % du PIB. Maintes voix s’étaient alors élevées pour exprimer le vœu que la tragédie, dans son effrayante puissance de traumatisme collectif, se fasse catharsis pour l’émergence d’une Haïti et d’une gouvernance nouvelles, partant, d’un Haïtien nouveau. Plus de deux ans après, le souhait ne semble pas près de se concrétiser. Et nos vieux démons bicentenaires crèvent de santé. 2. Et si, avions-nous pensé en recevant l’offre de GRAHN-Monde, Haïti Perspectives contribuait à maintenir la flamme de la quête
Cette possibilité une fois prise en compte, l’invitation du GRAHN nous dictait une mission que nous acceptions avec empressement. Notre engouement se renforça – et c’est là la seconde raison – à l’énoncé du mandat sous-tendant la mission qui nous était proposée. Il s’agissait d’analyser les conditions propices non seulement à la création tant soit peu suffisante de la richesse, mais aussi à sa répartition dans une optique de démantèlement des disparités économiques et de sauvegarde de la cohésion sociale. Ce programme crucial se donnait pour toile de fond la prise en compte de l’urgence de libérer le monde haïtien, tant public que privé, du poids débilitant de l’aide internationale. Face à un thème si fondamental pour la problématique haïtienne, nous n’avons pu nous empêcher de penser à ce puzzle qui n’a cessé d’interpeller les spécialistes du développement économique jusqu’à nos jours, mais surtout au siècle dernier, et qui vient de la difficulté à comprendre pourquoi des pays semblent englués dans la pauvreté, comme incapables d’en sortir. Ce casse-tête a été traduit en 1988 par l’économiste américain Robert E. Lucas, Jr., lauréat du prix Nobel d’économie en 1995, en mots restés célèbres malgré qu’ils soient vieux de près d’un quart de siècle. Lucas commentait des statistiques qui exprimaient la persistance de l’échec économique de l’Inde à une époque où ce pays, n’ayant pas encore émergé, paraissait désespérément pris dans la trappe de la misère. I do not see how one can look at figures like these without seeing them representing possibilities. Is there some action a government of India could take that would lead the Indian economy to grow like Indonesia’s or Egypt’s ? If so, what exactly ? If not, what is it about the “nature of India” that makes it so ? The consequences for human welfare involved in questions like these are simply staggering : once one starts to think about them, it is hard to think about anything else. La situation d’Haïti, déjà extrêmement critique avant le tremblement de terre, a-t-elle une issue ? Selon le prisme de Lucas, les statistiques économiques du pays, à première vue déprimantes et dont certaines sont exhibées dans ce u du changement avec une persévérance qui, au fil des ans, finissait par en faire une pierre angulaire au sein de l’édifice novateur souhaité pour la civilisation haïtienne ?
Cahier thématique – Développement économique et création d’emplois cahier thématique, doivent-elles être vues comme « des possibilités », une mise en demeure pour oser et faire radicalement mieux, ou encore comme une fatalité, un état de fait insurmontable ? Y a-t-il donc « quelque chose » dans « la nature d’Haïti » qui fasse blocage invincible ? Ou encore, tout comme l’Inde au cours des dernières années, Haïti pourra-t-elle trouver sa voie et émerger ? Notre vœu est qu’Haïti Perspectives soit en première ligne dans le processus de réflexion sérieuse nécessaire à éclairer la quête d’une Haïti nouvelle. Notre mission de coéditeurs, telle que nous l’avons conçue, est de contribuer à donner le ton avec ce premier cahier thématique. Mais quel ton, exactement, donner au premier numéro à thème économique d’une revue qui se veut scientifique et de calibre international, mais aussi, selon son texte de lancement, « une revue de propositions et d’accompagnement du pays, qui publiera des numéros thématiques sur des sujets d’intérêt national en lien direct avec l’avenir du pays » ? Comme vigies éditoriales, allions-nous insister sur le déploiement des outils économétriques et, ainsi, par la haute facture technique de ce cahier initial, positionner Haïti Perspectives dans la littérature économique parmi les centaines de revues spécialisées dont le clair des articles n’est accessible qu’à l’infime minorité des gens de l’art ? Il était clair pour nous qu’un tel choix réduirait l’utilité haïtienne du cahier pratiquement à néant. En fait, la troisième raison de notre acceptation vient de la possibilité de faire de ce numéro d’Haïti Perspectives un vrai outil de vulgarisation des principes et de l’expérience économiques plutôt qu’une chapelle de dévotion aux arcanes de l’économétrie et de la mathématique.
Notre vœu est que ce cahier thématique, fruit de tant de labeur et de passion, n’ait pas été conçu en vain, et que la réflexion qu’il déclenchera ou alimentera se fasse semence neuve et libératrice. ¢ BIBLIOGRAPHIE • LUCAS, Jr., Robert, E. (1988). « On the Mechanics of Economic Development », Journal of Monetary Economics, vol. 22, no 1, juillet, p. 5.
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Nicolas Lemay-Hébert et Stéphane Pallage arguent de la nécessité d’intégrer cette aide dans un contrat de confiance que les donateurs devraient accepter de passer avec les Haïtiens, et ce, pour l’exécution d’un projet de société que les Haïtiens eux-mêmes auront conçu. Ce projet de société, Ludovic Comeau et Yves Bastien en ont peut-être offert une première étape en exhortant les compatriotes à une révision stratégique des priorités économiques nationales pour enfin créer la richesse. La proposition de Roberts Waddle va dans le même sens, qui décrit un mécanisme par lequel l’entrepreneur non seulement crée la richesse pour lui-même, mais encore permet à d’autres de faire mieux également. Une autre étape viendrait de l’argument d’Harry Dumay, pour qui les donateurs étrangers et les décideurs haïtiens gagneraient à rendre opérationnel, en Haïti, le lien possible existant entre la promotion de l’enseignement supérieur et l’accélération du développement économique. Pour Bénédique Paul, le pays ne verra le bout du tunnel que par la promotion d’une nouvelle classe d’affaires dont le dynamisme aiderait à le libérer de la dépendance à l’aide étrangère et à prospérer. Maude Toussaint-Comeau suggère d’autres voies d’efficacité durable pour celle-ci et de progrès soutenu pour Haïti, particulièrement à travers un rôle accru pour les femmes et pour les Haïtiens de l’extérieur. Au vu des crises multiples qui accablent le tissu socioéconomique mondial, Charles Clermont prône une approche différenciée et recommande de replacer l’homme, et non plus seulement l’objectif de croissance économique, au centre de l’effort de développement. Partant du même malaise systémique, Ludovic Comeau invite Haïti à tirer les conséquences de sa situation géopolitique et à bien comprendre des conditions fondamentales sans lesquelles le développement ne peut survenir.
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Notre première tâche fut de constituer le comité éditorial de ce premier cahier thématique. Ce fut une belle moisson, témoignage du niveau élevé de capital humain dont Haïti peut disposer. Nous tenons à adresser nos plus sincères remerciements aux vingt collègues, compatriotes vivant en Haïti, aux États-Unis, au Mexique et à Porto Rico, qui ont accepté de répondre à notre appel et dont les noms figurent ici, dans la page où débute le cahier thématique à proprement parler (page 11). Nous exprimons un témoignage spécial de gratitude envers les huit membres qui ont participé à la révision scientifique des textes soumis. Ils s’exécutèrent, dans la très grande majorité, avec un dévouement et une acuité d’analyse admirables, un luxe de considérations profondes et, pour la révision, de suggestions judicieuses pour lesquelles nous trouvons les auteurs bénéficiaires chanceux. Leurs noms figurent au sommaire de la revue, sous la rubrique « Révision scientifique » (page 3).
Nos remerciements s’étendent aussi aux neuf auteurs qui ont enrichi ce cahier et la pensée haïtienne de huit articles. Symptomatique du niveau extraordinaire de dépendance d’Haïti vis-à-vis de la communauté internationale, la question de l’aide y est récurrente, présente dans la plupart des analyses.
