Vol. 3 n° 3 · Mot des coéditeurs

Mot des coéditeurs

Première page — Jean-Emmanuel Léon et Jean-Claude Roc
Haïti Perspectives, vol. 3 • no 3 • Automne 2014

Ce numéro de la revue Haïti Perspectives suit la logique des thématiques fondamentales abordées par le GRAHN.

Ce numéro de la revue Haïti Perspectives suit la logique des thématiques fondamentales abordées par le GRAHN. Il y est question d’économie sociale solidaire (ESS) conçue comme l’un des piliers du développement durable d’Haïti.

haïtien qui décrit l’importance d’implanter un réseau d’économie sociale et solidaire haïtien. Le développement de ce réseau s’inscrit dans la vision stratégique du GRAHN qui prône une Haïti nouvelle.

Grâce aux multiples efforts du secteur de l’économie sociale à travers le monde, il convient d’affirmer que de concilier l’économique et le social est un facteur positif pour le développement économique et social d’un pays. Néanmoins, si le concept d’économie sociale solidaire est familier dans la littérature, il n’en demeure pas moins qu’il est encore mal compris dans la pratique. L’ESS est plus qu’un statut ou des valeurs ; sa force se mesure dans la pratique et se reconnaît dans la performance de ses résultats dans la société. Il paraît judicieux de proposer un cadre de référence, non exhaustif, visant à l’identification d’une entreprise d’économie sociale ayant pour but de faire de l’économie autrement. L’ESS est une solution de rechange au développement économique et social d’un pays sous l’emprise d’un capitalisme classique féroce, d’une administration publique moribonde rendant la plupart des individus qui le composent improductifs en détruisant tout leur potentiel productif. Par ailleurs, résonne l’écho cacophonique d’une colonie d’organisations non gouvernementales (ONG) de charité qui pataugent dans le non-durable et dans l’assistanat. La promotion de l’entrepreneuriat social et collectif devient un passage obligé pour l’Haïti nouvelle que nous prônons.

Il s’est avéré important, dans notre réflexion, de souligner le rôle prépondérant des femmes dans l’économie sociale. Ainsi les auteurs James Oriza et Bénédique Paul, à travers l’article Rôles des femmes entrepreneures dans le renforcement de l’économie sociale et solidaire en Haïti, analysent le rôle des femmes, en particulier celles qui sont impliquées dans l’entrepreneuriat féminin dans un contexte de développement de l’économie sociale et solidaire en Haïti. Ils montrent comment, dans une politique d’emploi ou de création de richesse, la valorisation du rôle des femmes désireuses de participer activement à l'économie constitue un passage nécessaire. Ils mettent l'accent sur l’appui institutionnel, où les femmes pourraient jouer un triple rôle : initiatrices, catalyseuses et gestionnaires de réseau relationnel. Ils concluent avec des propositions visant à renforcer les activités des femmes dans la pérennisation des institutions de la microfinance et coopératives agricoles en Haïti.

L’économie sociale n’est pas un simple concept que d’aucuns utilisent en dehors de son fondement sociologique et de ses principales dimensions théoriques. C’est un ensemble d’activités économiques, s’articulant autour du social, au centre duquel se trouve l’humain dans sa pleine considération citoyenne et ses besoins socio-économiques fondamentaux. Elle se donne pour tâche d’aider une collectivité ou une communauté à se prendre en main par des activités économiques alternatives à l’économie capitaliste. Elle intervient et se développe là où il y a des besoins socio-économiques criants ignorés par les pouvoirs publics. Ainsi, elle remplit une double fonction : combattre la pauvreté dans toutes ses dimensions et créer la richesse au profit d’une communauté dans son ensemble. L’importance de ces enjeux interpelle le GRAHN. Prenant acte, il travaille en partenariat avec le Centre de la Francophonie des Amériques à l’implantation d’un réseau d’économie solidaire et solidaire haïtien (RESSH) pour faciliter la prise en charge par les Haïtiens de leur propre développement économique et social à travers la conscience collective citoyenne. D’entrée de jeu, nous offrons le texte Plaidoyer en faveur de l’implantation d’un réseau d’économie sociale solidaire

Dans l’article Capital et économie sociale et solidaire : quel cadre institutionnel pour le développement de l’économie et solidaire en Haïti, Bénédique Paul, Christian Poncet et Delphine Vallade soulignent qu’au cours de l’histoire, l’ESS a connu d’importantes transformations. Et qu’à chaque crise elle fait apparaître de nouvelles initiatives qui, à leur tour, ouvrent la voie à de nouvelles formes d’organisations de l’ESS, principalement les organisations de micro-finance (OMF). Ils remettent en cause les paramètres institutionnels des OMF. Dans le cas d’Haïti, ils soulèvent la question de la déficience de stratégies institutionnelles de l’ESS. Selon eux, celle-ci représente un handicap à l’expansion des OMF et au développement des coopératives d’épargne et de crédit (CEC) en Haïti. Pour remédier à ce problème, ils interpellent l’État haïtien afin qu'il intervienne dans à la création d’institutions visant à structurer les organisations de l’ESS dans un cadre régulateur. Louis Favreau, de son côté, dans son texte Économie informelle, économie populaire et économie sociale et solidaire : une mise en perspective Nord-Sud, jette la lumière sur la confusion qui règne entre l’économie sociale et solidaire, l’économie informelle et l’économie populaire. Chacun de ces secteurs de l’économie est caractérisé par différentes activités économiques, que l’auteur a pris soin de bien clarifier et de classer dans leur environnement géographique propre. L’économie informelle et populaire émerge principalement dans le Sud, et l’économie sociale et solidaire, dans le Nord. Dans son analyse, il montre

Cahier thématique – Économie sociale et solidaire

les effets de l’absence d’un État social dans le développement socioéconomique des pays du Sud, dont l’émergence a été remise en cause par les politiques d’ajustements structurels. Il porte sa réflexion sur l’importance du renouvellement de l’État social dans le Nord et sa reconstruction dans le Sud, grâce à l’intervention de l’ESS. Pour clore ce numéro thématique, un exemple concret d’une industrie qui pourrait très bien servir de modèle d’économie

sociale est présenté. Dans Haiti : Perspectives on Cut Flower Production, Richard Féthière nous offre la première étude rigoureuse sur l’industrie des fleurs en Haïti et démontre pourquoi et comment cette industrie pourrait réussir dans un modèle d’économie sociale. Nous remercions tous les auteurs qui ont grandement contribué à la réalisation de ce numéro, et en particulier Jean Rénol Élie pour sa collaboration aux questions de l’appel à contribution.

INSTITUT DES SCIENCES, DES TECHNOLOGIES ET DES ÉTUDES AVANCÉES D’HAÏTI

1000 scientifiques pour Haïti L’ISTEAH, un modèle haïtien de formation aux cycles supérieurs L’ISTEAH, un institut d’études graduées qui privilégie la recherche, l’innovation, le leadership et la citoyenneté comme base du développement socioéconomique de toutes les régions d’Haïti. L’ISTEAH formera des citoyens et citoyennes responsables, compétents et innovateurs, qui utiliseront la science et la technologie comme base de raisonnement dans le processus de prise de décision et dans la résolution de problèmes. Les diplômés de l’ISTEAH seront les catalyseurs de l’instauration d’une culture scientifique et de recherche dans les institutions d’enseignement supérieur d’Haïti qu’ils viendront renforcer. Ils auront pour tâche de former d’autres scientifiques-citoyens à travers tout le pays, en valorisant la culture de l’excellence au service du bien commun et de l’intérêt général. En partenariat avec plusieurs universités haïtiennes notamment celles en région, l’ISTEAH accueillera la deuxième cohorte d'étudiants gradués en septembre 2015. Les admissions seront basées sur le mérite évalué par concours. L'annonce du concours 2015 se trouve à la page 32.

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