Vol. 4 n° 1 · Analyse
Quelques expériences de scolarisation d’enfants et de jeunes de la rue en Haïti

Depi 30 lane apeprè, nou ap ede nan anviwonnman sa a an Ayiti, nou poko rive genyen yon evalyasyon jeneral pou fòm èd sa a.
Rezime : Pratik jan yo abòde timoun ak jèn timoun ki ap viv nan lari Ayiti yo pèmèt nou jwenn plizyè tantativ ak plizyè pwopozisyon pou fasilite moun sa yo fè klas yo lekòl. Depi 30 lane apeprè, nou ap ede nan anviwonnman sa a an Ayiti, nou poko rive genyen yon evalyasyon jeneral pou fòm èd sa a. Pou nou vanse pi byen nan fè timoun ki ap viv nan lari Ayiti yo fè klas yo, nou pa ka mete sou kote sa ki te fèt deja. Atik sa a ap montre rapidman kèk nan eksperyans ki fèt an Ayiti avèk jèn moun ki te gen abitid viv nan lari ki rive fè klas yo.
1. INTRODUCTION
L’intervention auprès des enfants et des jeunes de la rue en Haïti date de plus d’une vingtaine d’années. Ces expériences sont réalisées dans le souci, dit-on, de leur réinsertion sociale, leur intégration scolaire, leur autonomie, leur insertion professionnelle, etc. Qu’est-ce que l’ensemble de ces interventions a eu comme résultat ? On n’a pas enregistré dans la littérature d’études sur l’évaluation de l’ensemble de ce travail [1]. Mais il faut quand même reconnaître qu’il existe ici et là, surtout dans les tiroirs de diverses organisations non gouvernementales (ONG), de petits travaux qui offrent une certaine appréciation, au moins partielle, de cette réalité. On a recensé plusieurs tentatives et plusieurs propositions pour favoriser la scolarisation des enfants et des jeunes de la rue [2]. Quoiqu’il n’y ait pas, à cet égard non plus, d’évaluation générale, il s’avère opportun d’examiner ce qui a été fait. D’ailleurs, depuis environ deux ans, les responsables politiques actuels reprennent le discours sur la gratuité de l’enseignement. L’actuel président Michel Joseph Martelly en a fait son cheval de bataille dans le cadre de sa campagne électorale. Pour donner suite aux promesses électorales, le gouvernement met en place certaines actions pour, dit-on, scolariser des enfants de la rue. L’idée semble assez intéressante, car Haïti ayant ratifié la Convention des droits de l’enfant depuis 20 ans, on ne saurait, dans le contexte actuel, mettre de côté le droit à l’éducation. Lors d’une série de rencontres organisées par des associations d’enseignants, dont la Confédération nationale des enseignants haïtiens (CNEH) en janvier 2013 (en présence de l’International de l’éducation (IE), des représentants du gouvernement responsables du dossier de la scolarisation des enfants de la rue parlent « d’expérience pilote dans ce domaine ». Les réponses aux questions relatives aux expériences qui ont déjà lieu dans ce champ d’intervention laissent entrevoir une certaine méconnaissance de cette réalité de la part des intervenants. Dans cet article, nous
présentons quelques-unes des expériences réalisées sur la scolarisation des enfants et des jeunes de la rue en Haïti. Pour des raisons d’espace, nous procédons de manière assez succincte. Un autre texte en préparation abordera la question avec un peu plus de détails. De manière précise, nous entendons : • présenter brièvement quelques-unes des expériences de scolarisation réalisées en Haïti auprès de jeunes avec un antécédent de vie dans la rue ; • présenter et discuter de quelques-uns des résultats obtenus dans le cadre de ces expériences. Ce texte1 comprend trois points : 1. les enfants de la rue en Haïti face à certains défis de l’école haïtienne ; 2. quelques-unes des expériences de scolarisation des jeunes de rue réalisées au cours des années 1990 à Port-au-Prince ; 3. les leçons à en tirer pour mieux avancer.
2. LES ENFANTS DE LA RUE EN HAÏTI FACE À CERTAINS DÉFIS DE L’ÉCOLE HAÏTIENNE
On ne saurait parler des expériences de scolarisation avec des enfants et des jeunes de la rue sans préalablement mentionner quelques-uns des défis auxquels font face lesdits jeunes. Il ne fait pas de doute que plus d’un arrive à rayonner à l’intérieur comme à l’extérieur du pays après leur passage dans ce système scolaire. Cependant, on ne peut pas oublier ceux qui ont décroché à cause de problèmes divers. Aujourd’hui, on ne peut penser véritablement à l’intégration scolaire des jeunes de la rue en Haïti sans une réflexion préalable ou une évaluation de ce qui a été 1. Ce texte est élaboré à partir des données obtenues lors d’une étude de maîtrise en technologie éducative à l’Instituto Latinoamericano de Tecnologia Educativa (ILCE) au Mexique, menée de 1995 à 1998.
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fait dans le passé en la matière. Du moins, on ne peut ignorer ce qui a été fait. En raison de leur vécu, de leurs conditions d’existence, les jeunes de la rue méritent une attention spéciale avant la mise en œuvre de tout programme visant leur scolarisation. En effet, certaines caractéristiques du système scolaire haïtien conviendraient difficilement aux jeunes de la rue. Ces caractéristiques, que l’on peut qualifier de défis pour ces jeunes, font déjà l’objet de vives discussions parmi les professionnels de l’enseignement. Dans ce cadre, nous nous contentons d’en citer quelques-unes : la question de l’âge, le tableau d’honneur pour encourager les meilleurs, les stimulations négatives pour, dit-on, encourager les moins bons, (étudier par cœur versus réussite) le jumelage mémoire et répétition après le maître versus réussite ; les contenus de programmes et les illustrations éloignés de la réalité de la rue, la culture scolaire, l’École, le conformisme et le contrôle social opposés à l’adaptabilité et à la débrouillardise requises dans la rue, etc. Nous décrivons ces éléments plus en détail dans un autre article.
3. LES EXPÉRIENCES DE SCOLARISATION D’ENFANTS ET DE JEUNES DE LA RUE EN HAÏTI AU COURS DES ANNÉES 1990
Depuis la grande manifestation de la présence des enfants et des jeunes dans les rues de Port-au-Prince vers la fin des années 1980, après la chute des Duvalier, on note un intérêt croissant pour la scolarisation de ces jeunes. Tous les intervenants, tous les chercheurs intéressés au problème en Haïti reconnaissent qu’« aller à l’école » est la première des demandes exprimées par ces enfants et ces jeunes. Pour répondre à cette demande venant des enfants et des jeunes de la rue en Haïti, plusieurs expériences ont eu lieu.
3.1 L’expérience du Centre Lakay
Cette organisation part du fait que les enfants et les jeunes qui fréquentent le centre sont des membres à part entière de la société haïtienne. Selon les responsables, ils ont un antécédent de la vie dans la rue qui fait d’eux des marginaux. Il ne faut pas continuer à les désintégrer davantage en les mettant à part. L’école étant le prolongement de la société, ces enfants doivent donc, suivant lesdits responsables de l’époque, fréquenter les écoles où vont les jeunes de leur âge pour assurer leur intégration sociale. Ainsi, les jeunes qui fréquentent le Centre Lakay sont placés dans les écoles publiques ou privées à proximité du centre. Ils utilisent le même matériel que tous les autres élèves de l’école. Aucune attention particulière n’est accordée aux jeunes qui viennent du centre. Chaque élève porte l’uniforme de l’école où il est admis. Notons que les professeurs et les élèves ne connaissent pas les antécédents des jeunes du Centre Lakay qui intègrent leur école. Comme résultat, le centre a enregistré de nombreux cas de décrochage scolaire. Mais pour motiver les jeunes à y rester plus longtemps, les éducateurs leur fournissent de l’aide pour les travaux de classe. Au Centre Lakay, l’école est considérée comme une des conditions de l’acceptation du jeune
par le centre. Plusieurs arrivent quand même à terminer les cours des classes primaires. Quelques-uns terminent le secondaire. Mais le taux de décrochage reste très élevé.
3.2 L’expérience de TIMKATEC : Ti moun kap teke chans
Dès l’ouverture du centre TIMKATEC, le directeur accueillait des jeunes de la rue et des « enfants miséreux », pour reprendre ses propos. Déjà, il pensait qu’il était nécessaire de mettre sur pied une école pour les enfants et les jeunes fréquentant le centre. Les enfants, fait-il remarquer, ne veulent pas aller dans ces écoles. Les enseignants, poursuit-il, ne les accepteraient pas en raison de leur apparence physique et de leurs conditions : « ils sont sales et ils n’ont pas de bonnes manières. D’ailleurs, renchérit-il, la rue n’a pas de structure pour travailler avec les enfants2 . » Une école au centre devient ainsi une obligation [2]. Les jeunes qui fréquentent cette école n’achètent pas de livres. Ces derniers restent disponibles dans l’espace du centre ; les jeunes y accèdent par l’intermédiaire des professeurs. Tout le contenu est traduit en créole par la superviseure de l’école. Les enfants portent un tee-shirt qui les identifie comme des membres du centre. Les personnes extérieures au centre n’ont pas accès aux manuels scolaires. Les professeurs exécutent les tâches qui leur sont assignées par la superviseure. Il ne fait pas de doute que plusieurs jeunes ont pu réussir dans le système établi à TIMKATEC.
3.3 L’expérience du Centre d’Appui Familial
Le Centre d’appui familial (CAFA) reste, durant plusieurs années, le seul centre à travailler avec les filles de la rue. Son expérience de scolarisation avec les filles n’est pas très différente de celle des autres centres. L’accompagnement scolaire trouve ses racines dans le fait que, comme dans la vie en général, les filles sont doublement victimes de la situation sociale et économique. Au CAFA, les filles sont prises en charge par une professeure qui les prépare pour leur intégration dans le système scolaire national. Au cours de cette préparation, les jeunes filles reçoivent une formation qui leur fournit les éléments de base pour écrire leur nom et lire afin de mieux intégrer le système scolaire national. Comme dans le cas des garçons, les filles arrivent souvent âgées pour les classes qu’elles doivent fréquenter. Il est important de souligner que les filles, en comparaison des garçons, entrent tôt dans la filière de la prostitution. Il devient encore plus difficile pour elles d’intégrer le système scolaire national qui présente beaucoup de défis. Au CAFA, on n’utilise pas de matériel spécifique pour le travail avec les filles. Ces dernières accèdent au matériel scolaire par l’intermédiaire des enseignants qui sont les mêmes que ceux de l’école traditionnelle. Il n’existe pas, au centre, une approche trop différente de celle des écoles traditionnelles pour accompagner les filles dans leur 2. Lubin, I (1998). Hacia un programa de educación con y para los niños de la calle de Haití, Thèse de maîtrise présentée à l’Instituto Latinoamericano de Comunicion Educativa (ILCE), Mexique, p. 33.
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projet scolaire. Cependant, en raison de la participation des enseignants à des réflexions sur le problème des filles de la rue, ils ont développé une certaine sensibilité par rapport à ce public, plus aigüe que celle des enseignants de l’école traditionnelle, qui ne bénéficient pas, en général, d’un tel espace d’échange. Cette sensibilité les prédispose à accepter avec plus de compréhension certains écarts de comportement en classe. Dans le cadre de ce travail, on met l’accent tant sur l’accompagnement individuel que sur celui de groupe. Lorsque les filles intègrent le système scolaire traditionnel, elles bénéficient encore au centre d’un appui pour les devoirs et les leçons. Mais on note qu’elles obtiennent des résultats plutôt faibles. Les responsables du centre se plaignent du fait que beaucoup trop de filles décrochent rapidement après leur admission à l’école traditionnelle.
3.4 L’expérience du Centre d’Éducation Populaire
Le Centre d’éducation populaire (CEP), au moment où il accueillait des jeunes de la rue, ne les envoyait pas systématiquement à l’école. Il les préparait d’abord au centre. Puis, une fois que les jeunes étaient prêts, ils étaient intégrés dans les mêmes écoles que n’importe quel autre enfant. Soulignons qu’à cette époque le CEP recevait des jeunes de la rue et des « enfants dits de la rue3 ». Le CEP avait élaboré du matériel pour la préparation des jeunes au centre. Ce matériel était constitué d’outils qui, suivant les responsables de l’époque, s’avéraient très utiles pour la préparation des jeunes en vue d’intégrer l’école haïtienne. Toutefois, les personnes extérieures au centre n’y avaient pas accès. La démarche, semble-t-il, mettait l’accent sur l’accompagnement individuel du jeune. Mais on organisait aussi du travail en groupe dans ce cadre. Les jeunes non alphabétisés au départ réussissaient à écrire leur nom et à faire autre chose. Les autres intégraient l’école haïtienne, mais il semble que le redoublement et le décrochage étaient assez importants chez eux.
3.5 L’expérience de Lafanmi Selavi
L’école Lafanmi Selavi se proposait de « dépasser les failles des écoles traditionnelle et fondamentale4 ». Les responsables ont pris leur distance par rapport à ces écoles qui ne prennent pas en compte les caractéristiques des enfants de la rue. En effet, le responsable d’alors soulignait que « ces enfants n’ont pas de parents pour les aider dans leurs travaux, ils ne remplissent pas les conditions d’âge et économiques pour ces écoles. De plus, en raison de leur expérience, ils n’ont pas vraiment besoin de certaines activités sensori-motrices ou de manipulation5 ». Ils savent compter, établir un compte (avec les quatre opérations), 3. Lubin, I (2007). Parcours et trajectoires d’enfants de la rue d’Haïti ayant bénéficié de l’intervention d’une ONG visant l’insertion sociale. Que sont devenus ces enfants ?, Thèse de doctorat présentée à l’École de service social de l’Université Laval pour le grade de Ph. D. en service social, p 322. 4. Lubin, I (1998). Hacia un programa de educación con y para los niños de la calle de Haití, Thèse de maîtrise présentée à l’Instituto Latinoamericano de Comunicion Educativa (ILCE), Mexique, p. 31-33. 5. Ibid.
reconnaître quand on veut profiter d’eux. Ils ont besoin d’une école qui leur fournit un apprentissage de lecture rapide, ils sont prêts pour l’alphabétisation. L’école leur donne une formation humaine et religieuse [2]. L’école Lafanmi Selavi n’utilisait pas de livres. On priorisait des images à travers lesquelles les enfants apprenaient à s’exprimer dans les deux langues, créole et français, sur leurs pratiques quotidiennes. Ils étaient motivés à « apprendre les choses par les choses6 », comme le soulignait le responsable d’alors. Sur le plan méthodologique, on accordait une grande importance aux « promenades en pleine nature ». Celles-ci permettaient aux jeunes et aux enfants de « connaître et découvrir les choses7 » selon le directeur d’alors, qui soutient que « la nature est le laboratoire de référence dans l’apprentissage des enfants8 ». Le programme était aussi orienté vers l’apprentissage d’une profession devant faciliter l’intégration sociale des jeunes. Comme résultat, les enfants et les jeunes ont réussi les classes du primaire en quatre ans. Ils prenaient part aux examens officiels avec les autres enfants du pays. Les résultats étaient de 60 à 80 % de réussite. Cette école n’existe plus.
3.6 L’expérience du programme de Cirque Social
Le Cirque d’Haïti regroupe des jeunes en difficulté à l’occasion de la mise en application d’un programme de cirque social par le groupe Recherche action formation (RAF). Ce sont des jeunes dont la plupart ont séjourné un certain temps dans des centres (principalement ceux que nous avons cités plus haut). Ces jeunes ont donc connu l’école traditionnelle à travers lesdits centres. Au cours de la mise en application du programme, ils disaient tous vouloir reprendre ou poursuivre les activités scolaires. À noter qu’au moment de fréquenter le cirque au début des activités à la fin de 2007, ils étaient tous en « insertion sociale ». Il était évident qu’ils n’avaient pas les moyens de payer les frais exigés par l’école traditionnelle. Pour les prendre au mot et les encourager, le cas échéant, un soutien plus ou moins complet leur a été offert : achat d’uniformes, de livres, paiement des droits de scolarité. Plus de la moitié du groupe a poursuivi les études durant plusieurs années. Quelque temps après, l’appui a changé de forme. En effe t, le programme de cirque social a permis aux jeunes de gagner un peu d’argent. Ils avaient la responsabilité des dépenses nécessaires pour leurs activités scolaires. Dans le cadre desdites activités, le programme intervenait en cas d’urgence. En effet, les jeunes obtenaient un appui dans la réalisation des devoirs et on les assistait quand ils éprouvaient des difficultés à l’école. Le programme de cirque social n’a pas élaboré de matériel spécifique. Cependant, des supports non utilisés dans leurs écoles sont disponibles au Cirque pour leur permettre d’avancer et de réussir leurs cours. Soulignons que tous les membres de l’équipe 6. Ibid. 7. Ibid. 8. Ibid.
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d’intervention ont eu une formation spécifique sur le problème des jeunes de la rue et des jeunes en difficulté. L’équipe est composée de jeunes universitaires sensibilisés à la thématique des jeunes en difficulté. Il ne fait pas de doute que l’approche a été différente dans le cadre du programme de cirque social. Les rencontres d’appui scolaire avec les jeunes ne se faisaient pas comme s’il s’agissait de cours à l’école. Les jeunes étaient vus séparément suivant les besoins de chacun. Ils étaient libres de rencontrer n’importe quel membre de l’équipe d’intervention. Par ailleurs, l’équipe motivait les jeunes plus avancés à encourager et à appuyer ceux qui étaient moins avancés à l’école. Aujourd’hui, plusieurs jeunes arrivent à terminer le cycle fondamental ou le secondaire. Certains tentent leur chance au concours d’admission d’unités de formation de l’Université d’État d’Haïti (UEH).
4. DES LEÇONS À TIRER POUR MIEUX AVANCER
Ces expériences mises ensemble permettent d’avancer qu’il existe en Haïti une pratique d’accompagnement scolaire d’enfants et de jeunes de la rue. En attendant de procéder à une évaluation de ces pratiques, il s’avère important de tirer certaines leçons : • L’admission aux écoles traditionnelles n’est pas, à elle seule, suffisante pour permettre aux jeunes avec un antécédent de vie dans la rue de réussir les cours. Un appui complémentaire est nécessaire. Mais le décrochage restera très élevé. • Le décrochage scolaire est plus élevé chez les filles de la rue que chez les garçons du même milieu. Aujourd’hui encore (en 2015), il est très difficile de rencontrer une fille avec un antécédent de vie dans la rue qui a pu terminer ses études secondaires. • Les programmes spécifiques destinés au public de jeunes avec antécédents de vie dans la rue ont donné des résultats satisfaisants. Cependant, ces programmes ne sont pas homogènes. On admet que l’appui a été tantôt individuel, tantôt destiné à des groupes. Mais il faut chercher les
caractéristiques propres de chacun de ces programmes qui ont quand même permis à plus d’un de terminer le cycle fondamental ou secondaire. • Les programmes spécifiques destinés aux jeunes ayant un antécédent de vie dans la rue ont une base conceptuelle et méthodologique différente de ceux de l’école traditionnelle. Dans le cadre de ces programmes, la réalité de la rue devrait constituer une source pour les contenus des textes à travailler ou pour les illustrations des notions à inculquer aux jeunes. • Une formation spécifique des intervenants sur la thématique des jeunes de la rue est nécessaire pour l’accompagnement scolaire des jeunes. Une proposition de formation est faite en ce sens depuis 1999 par Irdèle Lubin à Port-auPrince [3]. • Plusieurs centres qui ont accompagné des jeunes avec un antécédent de vie dans la rue existent encore. Nombre d’intervenants qui ont accompagné des jeunes dans leur projet de scolarisation vivent toujours. De même, plusieurs responsables d’activités scolaires dans les centres ou écoles destinés aux jeunes avec un antécédent de vie dans la rue sont encore vivants. Plusieurs jeunes avec un antécédent de vie dans la rue qui ont terminé leurs études fondamentales ou secondaires vivent encore. Il existe quelques rares organisations d’anciens de la rue. Il faut penser à recourir à l’expertise de ces personnes si on veut avancer dans la recherche de solutions au problème de scolarisation des jeunes de la rue en Haïti. BIBLIOGRAPHIE
1 LUBIN, Irdèle (2007). Parcours et trajectoires d’enfants de la rue d’Haïti ayant bénéficié de l’intervention d’une ONG visant l’insertion sociale. Que sont devenus ces enfants ?, Thèse de doctorat présentée à l’École de service social de l’Université Laval pour le grade de Ph. D. en service social. 2 LUBIN, Irdèle (1998). Hacia un programa de educación con y para los niños de la calle de Haití, Thèse de maîtrise présentée à l’Instituto Latinoamericano de Comunicion Educativa (ILCE), Mexique. 3 LUBIN, Irdèle (1999). Un projet d’école de rue, document à publication restreinte.
Irdèle Lubin, Ph. D. est travailleuse sociale et docteure en service social de l’Université Laval, au Québec. Elle est professeure à l’Université d’État d’Haïti. Ses recherches portent sur les enfants des rues en Haïti. ilubin@hotmail.com
