Vol. 4 n° 4 · Analyse
Extinction en cours : un SOS pour sauver le reste des forêts d’Haïti

Nan dat 9 desanm ki sot pase a, « Fondation Audubon Haïti (SAH) » te montre piblik la yon « fón » ayisyen, li poko konnen apati pwojeksyon yon dokimantè sou anviwonnman ki rele : « Extinction en cours », nan Karibe Convention Center.
Rezime : Pandan Ayiti ap mache drèt nan direksyon disparisyon yon bon pati nan byodivèsite li, kant genyen 1 % ki rete nan forè primè li yo, kèk syantifik ameriken ki ap ekzamine rès forè vyèj ki gen nan peyi a, te jwenn, nonsèlman yon pakèt krapo, men yo te jwenn tou, sis espès diferan, yo te konprann ki te disparèt depi plizyè dizèn ane. Nan dat 9 desanm ki sot pase a, « Fondation Audubon Haïti (SAH) » te montre piblik la yon « fón » ayisyen, li poko konnen apati pwojeksyon yon dokimantè sou anviwonnman ki rele : « Extinction en cours », nan Karibe Convention Center. Se aboutisman yon bèl avanti ki te dire kat ane, epi ki pwodui yon fim yo klase an 5èm pozisyon pami 200 fim menm jan ak li nan lemonn, nan ane 2014.
Ces scientifiques, que le public peut suivre dans leurs recherches passionnantes, de nuit comme de jour, dans le film Extinction en cours, ont commencé leur travail en Haïti en octobre 2010, 10 mois après le séisme dévastateur. À l’époque, ils craignaient que les personnes déplacées, victimes directes du séisme, tenteraient de fuir la dévastation dans la ville de Portau-Prince et se dirigeraient vers les forêts. Si cela devait se produire, le 1 % de forêts restantes auraient pu disparaître. Ainsi, ils ont entrepris une mission de sauvetage pour les espèces de grenouilles en danger critique d’extinction et ont pu sauver 157 spécimens de 10 espèces différentes des massifs de la Hotte et de la Selle. À l’origine, ils cherchaient aussi la grenouille rousse de la Selle, qui a disparu depuis 1985. Malheureusement, ils ne l’ont pas trouvée. « Le projet est d’étudier toutes les espèces, mais cette grenouille en particulier est très rare. Nous n’avons pas encore trouvé une population de ce spécimen depuis 1985. Elle est probablement un exemple du début de l’extinction de masse sur le point de se produire. Je suis certain qu’il y a d’autres espèces qui ont disparu avant même qu’elles aient été découvertes, comme sur les montagnes qui ont été complètement déboisées ; Morne Bœuf par exemple », nous a révélé le Dr Blair Hedges de l’Université Temple en Pennsylvanie, chef de file de ce projet et coproducteur, avec le cinéaste Jürgen Hoppe, du film Extinction en cours.
Comment se fait-il qu’avec un tel environnement dévasté, Haïti ait encore 56 espèces de grenouilles nommées et que de nouvelles espèces continuent d’être découvertes à un taux élevé ? Comment le Dr Hedges explique-t-il cela ? « Avec un hélicoptère, nous avons atteint des zones auparavant inaccessibles, ce qui nous a permis de trouver de nouvelles espèces récemment. La biodiversité d’Haïti comprend, en gros, plus de 25 000 espèces de plantes, animaux, champignons et microbes. La moitié de ces espèces se trouvent uniquement en Haïti et non pas en République dominicaine, qui est pourtant mieux conservée. Comment j’explique ce phénomène ? Haïti est un pays très montagneux, d’où son nom d’ailleurs, qui signifie « haute montagne », ce qui provoque l’isolement des espèces limitées à Haïti », explique le biologiste. Ayant travaillé par intermittence en Haïti depuis 1984, le Dr Hedges savait qu’une extinction de masse était en cours ; c’est ainsi qu’il y a environ six ans, en 2009, il a redoublé d’efforts pour enquêter et découvrir ce qui existe actuellement dans le pays. « J’ai commencé à utiliser un hélicoptère [en 2011], ce qui a considérablement augmenté le taux de mes découvertes. L’objectif était de localiser les points chauds de la biodiversité afin qu’ils puissent être ciblés pour leur protection », nous a déclaré le biologiste. Un point chaud (hot spot) de biodiversité est une zone géographique contenant au moins 1 500 espèces végétales endémiques, mais qui a déjà perdu au moins 70 % des espèces
présentes dans leur état originel. Ainsi, 12 points chauds de la biodiversité en Haïti ont été répertoriés et dévoilés lors de la première du film Extinction en cours, le mercredi 9 décembre, en présence du biologiste qui a fait le voyage pour cette occasion. « La communauté internationale s’est surtout penchée sur les problèmes non environnementaux en Haïti, donc nous espérons que ce film va attirer plus d’attention sur l’environnement et la biodiversité. À l’échelle internationale, il y a de l’intérêt parce que ce qui se passe en Haïti est peut-être l’une des premières de ces extinctions de masse à se produire dans un pays de cette taille. Je pense que les Haïtiens sont également préoccupés parce qu’ils sont fiers de leur pays et de ses espèces uniques, et je ne veux pas voir disparaître cette richesse. La perte d’espèces et la dégradation de l’environnement va également affecter la vie quotidienne des Haïtiens parce que les ressources en eau deviendront plus rares, les inondations et la désertification seront pires et l’énergie pour la cuisson sera plus coûteuse et plus difficile à trouver », avertit le scientifique. Selon le Dr Carlos Martinez, biologiste des amphibiens au zoo de Philadelphie, sur Hispaniola, l’île partagée par Haïti et la
République dominicaine, plus de 60 des 82 espèces d’amphibiens reconnues par la science sont menacées d’extinction. La déforestation et la dégradation de l’habitat sont les principaux facteurs de cette crise, ce qui signifie que toute l’île risque aussi de perdre la totalité de son patrimoine naturel. « En Haïti, il y a 54 espèces indigènes d’amphibiens, 31 sont classées en danger critique et 9 sont en voie de disparition. Quoi de plus décourageant ? Il y a plusieurs nouvelles espèces d’amphibiens, que nous venons de découvrir, dont l’habitat est menacé en Haïti et qui seront bientôt très probablement classées comme étant en danger », avertit-il. La plupart de ces espèces se trouvent dans le massif de la Hotte et le massif de la Selle, où, grâce à un partenariat entre l’Université Penn State de Pennsylvanie, la SAH et le zoo de Philadelphie, les scientifiques américains ont concentré leurs efforts de conservation. Au cours des cinq dernières années, le Dr Hedges et le zoo de Philadelphie ont été en mesure d’élever cinq de ces espèces. Selon le Dr Martinez, le but de leur travail de conservation in situ dans l’île d’Hispaniola est de fournir un meilleur aperçu de la façon critique dont les amphibiens sont menacés dans des
Les douze points chauds de la biodiversité en Haïti
paysages dégradés et fragmentés, de déterminer si ces amphibiens sont capables de maintenir des populations fonctionnelles et d’apprendre comment ces pressions environnementales influent sur leur survie à long terme. Grâce à la précieuse collaboration du Dr Martinez, nous faisons découvrir aujourd’hui à nos lecteurs certaines des grenouilles les plus rares de l’île d’Hispaniola et, surtout, d’Haïti.
La grenouille épineuse verte d’Hispaniola (Eleutherodactylus nortoni)
Cet te g renoui l le est unique parmi les espèces des Caraïbes. Comme son nom l’indique, elle est très épineuse et la plupart du temps de couleur verte. Lorsque les petits naissent, ils sont très vifs et ressemblent à de petits bouquets de mousse hérissée. Lorsqu’ils grandissent, la couleur passe au vert vif telle une couleur de camouflage. Les adultes peuvent être verts, bruns ou même rougeâtres. Les adultes sont les plus grandes et les plus puissantes grenouilles dans les Caraïbes, avec une apparence imposante et des yeux couleur acajou. Pour se défendre, ils respirent de grandes goulées d’air et se gonflent pour paraître plus grands et difficiles à manger. Cette grenouille est importante parce qu’elle a besoin d’un environnement forestier de grande qualité pour survivre. On la trouve dans le sud d’Haïti et dans certaines parties de la République dominicaine.
La grenouille jaune des grottes (Eleutherodactylus counouspeus)
Une grenouille de couleur frappante, dont les petits peuvent être d’un vert clair ou d’un jaune vif avec de grandes taches sombres et de grands yeux rouges. Lorsque la grenouille se développe, elle devient jaune moutarde pâle et sa peau prend un aspect de cuir. Elle a de longs doigts, de grandes ventouses, des yeux impressionnants avec des jambes puissantes. Elle vit sur les affleurements rocheux et des grottes des forêts karstiques du massif de la Hotte en Haïti.
La grenouille à taches de Macaya (Eleutherodactylus thorectes)
La grenouille tachée de Macaya est une des plus petites grenouilles du monde. Une grenouille adulte peut s’asseoir confortablement
dans un dollar haïtien (5 gourdes) et laisser encore de la place p ou r t roi s autres grenouilles. Elle ne se trouve que dans les forêts de nuages de haute altitude et les forêts de pins du massif de la Hotte, et dépend des habitats vierges. Elle est si petite que son croassement ressemble au gazouillement faible et lointain d’un oiseau ou d’un grillon.
La grenouille télégraphe du Sud (Eleutherodactylus audanti)
La grenouille télégraphe du Sud est l’une des grenouilles d’Haïti qui montre une variation extrême de la couleur et de la texture de la peau. Il est possible de trouver des grenouilles qui sont vertes, bronze, rouges, bordeaux pâle, avec des lignes, sans lignes, avec des marques fanées sur les côtés. Cette grenouille s’adapte aux environnements dégradés et est parfois la seule espèce qui puisse être trouvée dans les zones d’extrême déforestation.
La rainette arboricole géante d’Hispaniola (Osteopilus vastus)
Considérée comme la plus grande grenouille arboricole du monde, elle est géante ; elle peuple les ruisseaux de montagne et remonte jusqu’au lit des rivières pour se reproduire. Elle se caractérise par sa taille en cisaillement, mais aussi par son camouflage de mousse et sa peau verruqueuse. Ses pattes sont extrêmement larges avec de grandes ventouses et des membranes qui l’aident à grimper sur la canopée des arbres où elle vit, et cette caractéristique lui donne un aspect encore plus étrange.
La rainette verte géante d’Hispaniola (Hypsiboas heilprini)
C’est sans doute la plus belle grenouille de l’île d’Haïti et des Caraïbes. Sa couleur vert vif représente la grenouille par excellence, mais la rainette verte géante d’Hispaniola a souvent des « gants » orange sur ses pattes et peut avoir des doigts bleus. De plus, elle a la vertu de toujours sembler nous sourire. Sa vie dépend de ruisseaux qui coulent rapidement dans les habitats des montagnes et on la trouve uniquement dans les zones où les arbres matures sont encore présents. Cela signifie que la
présence de ces grenouilles dans la forêt indique non seulement qu’il y a une forêt de qualité, mais qu’il s’y trouve aussi de l’eau propre.
IL EST ENCORE TEMPS…
Selon le biologiste Carlos Martinez du zoo de Philadelphie, la conservation de l’habitat et la préservation de la biodiversité devraient être une priorité pour toutes les nations, que ce soit à la maison ou dans une localité éloignée. Pour lui, la Déclaration de New York sur les forêts, signée au Sommet sur le climat de l’ONU en 2014, est un document politique juridiquement non contraignant qui favorise la responsabilité internationale pour la protection des forêts ; elle fournit un calendrier mondial pour aider les nations à réduire la perte des forêts naturelles de moitié d’ici 2020 et à s’efforcer d’y mettre fin en 2030. À l’échelle nationale, le biologiste pense que « les Haïtiens ont besoin de se responsabiliser et d’aider à arrêter la perte de la biodiversité, non seulement par la préservation des forêts, mais aussi en fournissant au peuple haïtien d’autres sources de combustibles, des matériaux de construction et des possibilités d’avoir des revenus ». Plusieurs organisations de la société civile, comme la SAH, commencent à informer et à sensibiliser le public sur la riche biodiversité d’Haïti et l’urgente nécessité de la protéger. Cette dynamique ne peut pas disparaître et il faut la poursuivre sans relâche. En effet, pour le biologiste Carlos Martinez, « certaines personnes pourraient considérer les objectifs de la SAH comme un exploit utopique ou un objectif inatteignable, mais c’est votre seule option. Personnellement, j’ai vu des changements au niveau local, où les paysans haïtiens se soucient de plus en plus de la biodiversité. J’ai également assisté à des changements de perspective au sein des agences gouvernementales qui sont responsables de la protection des forêts d’Haïti ». Si beaucoup d’Haïtiens pensent que la lutte contre le déboisement et pour la protection de la biodiversité de leur pays est peine perdue, Carlos Martinez croit qu’il est encore temps de
mettre fin à la crise de la biodiversité d’Haïti pour aider le pays et ses forêts à se remettre sur pied et aller de l’avant. « Nous pouvons voir de petits changements clés dans la société et l’économie haïtiennes qui profitent à la conservation comme, par exemple, une plus grande prise de conscience et de connaissance de la biodiversité dans l’île, et nous sommes confiants que ces changements signifieront que la biodiversité d’Haïti sera protégée. Des projets comme le film Extinction en cours et le travail que nous effectuons tous en Haïti sont la clé, non seulement pour protéger les espèces et les forêts, mais aussi pour créer une dynamique et permettre aux autres de se joindre à cet effort et de créer une masse critique qui nous permettra d’atteindre concrètement les changements dont Haïti a vraiment besoin. » Haïti a beaucoup de chance d’avoir un groupe de professionnels préoccupés par la dégradation de nos écosystèmes et déterminés à contribuer à leur sauvegarde et à leur réhabilitation. Ils ont fondé la SAH, à but non lucratif, en juillet 2003. Cette fondation a pour mission de conserver la biodiversité et les écosystèmes naturels d’Haïti à travers la recherche, l’éducation, la sensibilisation, le plaidoyer et des partenariats locaux et internationaux. Le partenariat que la SAH a établi avec le zoo de Philadelphie est une rare occasion pour la biodiversité d’Haïti. « Comme nous avons des ressources financières très limitées, à travers notre partenariat le zoo de Philadelphie a accepté d’héberger un programme de reproduction des amphibiens en voie de disparition avec l’espoir de les réintroduire dans leur habitat naturel, en Haïti, dans le futur », révèle Philippe Bayard, président et membre fondateur de la SAH. Ainsi, des échantillons d’ADN d’amphibiens et de reptiles menacés sont conservés dans un laboratoire cryogénique. La cryoconservation a pour but de suspendre l’évolution des cellules et de pouvoir les remettre en mouvement par la suite. Dans le film produit par le Dr Hedges et le cinéaste Jürgen Hoppe, on a pris soin de mettre en valeur cet aspect de l’effort de conservation, qui est expliqué à travers des entrevues avec les zoologistes et techniciens travaillant dans ces programmes à l’Université Temple de Pennsylvanie. Extinction en cours présente une vision globale de ce qui est nécessaire pour préserver la biodiversité en Haïti. « Nous devons absolument choisir aujourd’hui le mode de vie que nous voulons avoir », insiste Philippe Bayard. « Nous avons pour devoir de préserver la richesse de notre biodiversité unique, pour nousmêmes mais surtout pour les générations futures », plaide-t-il. « Pour cela, il nous faut une vision à court, moyen et long terme pour protéger et conserver cette biodiversité, car la terre est une ressource que Dieu ne fabrique plus », avertit-il. Note : Toutes les photos des grenouilles sont de Carlos C. Martinez, du zoo de Philadelphie.
Nancy Roc détient un baccalauréat en beaux-arts et communications de l’Université d’Arizona aux États-Unis et un DESS en études relatives à l’environnement de l’Université du Québec à Montréal. Journaliste indépendante et auteure de trois ouvrages — Les grands dossiers de Métropolis, vol. 1, 2 et 3, elle est reconnue en Haïti et dans la diaspora haïtienne comme l’une des figures prédominantes de la presse haïtienne. Elle détient de nombreux prix d’honneur locaux et internationaux. Depuis 30 ans, elle lutte pour la réhabilitation de l’environnement haïtien. Nancy Roc vit actuellement à Accra, capitale du Ghana, où elle est coopérante volontaire pour l’ONG canadienne, Carrefour International. nroc04@yahoo.com
