Vol. 5 n° 1 · Analyse

Pour l’élimination du redoublement dans le cycle d’enseignement fondamental en Haïti

Première page — Fritz Dorvilier

Estrateji pedagojik sa a eksplike rezon ki fè elèv sa yo ap double klas nan tout nivo ansèyman an.

Rezime: Lekòl nan peyi Dayiti, nan enkapasite li pou li ranpli misyon pedagojik li kòmsadwa, vin tounen yon machin ki ap triye grenn elèv ki frekante lekòl nan goumen, epi konsa ki ap gaspiye ti kras lajan Leta ak fanmiy yo dispoze pou sa. Estrateji pedagojik sa a eksplike rezon ki fè elèv sa yo ap double klas nan tout nivo ansèyman an. Atik sa a pèmèt moun konprann enpak sikolojik, sosyal ak ekonomik estrateji sa a, epi pwopoze yon pwosedi ki kapab ede nou elimine pwoblèm sa a.

1. INTRODUCTION

Le système éducatif haïtien , outre sa légendaire inefficacité externe au sens que les savoirs qu’il dispense ne répondent pas aux besoins de développement de la société, est caractérisé par une forte inefficacité interne. En effet, comme indiqué dans La stratégie nationale d’action pour l’éducation pour tous, « le manque d’efficacité interne du système éducatif haïtien se traduit par des redoublements et des abandons. En 1997, le taux de redoublement pour le fondamental 1er et 2ème cycles était estimé à 17 %, alors qu’en 2003, ce taux moyen a connu une diminution de 3 %. Les taux de redoublement sont les plus élevés en 1ère, 2ème et 3ème années estimés respectivement à 15 %, 16 % et 15 %2 ». Et, comme le rappelle le Groupe de travail sur l’éducation et la formation (GTEF), « sur chaque 100 élèves qui entrent en 1ère année

1.

Le système éducatif haïtien contient cinq niveaux d’enseignement : préscolaire, fondamental, secondaire, professionnel et universitaire. Quant au cycle fondamental, il dispense un enseignement qui s’étale sur une période de neuf années, laquelle est subdivisée en trois cycles : un premier de quatre ans, un deuxième de deux ans et un troisième de trois ans. Les deux premiers cycles remplacent l’ancien cycle primaire et sont considérés comme le cycle d’éducation de base qui, théoriquement, introduit et consolide les relations entre les contenus et les méthodologies des différentes disciplines enseignées. Ce cycle doit également initier l’élève aux disciplines à caractère préprofessionnel comme l’initiation à la technologie et aux activités productives (ITAP). L’entrée au premier cycle doit normalement se faire à l’âge de 6 ans et la sortie, à 12 ans. Quant au troisième cycle, qui remplace en quelque sorte le premier cycle du secondaire traditionnel, il donne une formation intermédiaire permettant à l’élève de s’orienter vers le secondaire classique ou le secondaire technique.

2. Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) (2007). La stratégie nationale d’action pour l’éducation pour tous, Port-au-Prince, MENFP, p. 29.

fondamentale, seulement 8 d’entre eux ont atteint la classe de philo [terminale]3 ». Ainsi, dans le sillage de l’élimination raisonnable des examens officiels de 6e année fondamentale et du baccalauréat 1re partie, laquelle mesure a entre autres permis au ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) d’économiser 50 % du coût de réalisation des examens officiels de l’année scolaire 2014-2015 et de financer des projets de formation des maîtres, il convient maintenant de commencer à examiner l’opportunité de la pratique de redoublement scolaire au niveau du cycle d’enseignement fondamental, comme l’a prévu la Réforme Bernard. Dans cette optique, nous passerons en revue les effets pervers du redoublement scolaire et nous analyserons les raisons psychosociologiques et économiques pour lesquelles il mérite d’être éliminé au niveau de l’enseignement fondamental haïtien.

2. LES EFFETS PERVERS DU REDOUBLEMENT

D’aucuns continuent à croire, pour des raisons le plus souvent idéologiques, que le redoublement scolaire constitue un gage d’excellence ou du moins une barrière contre la baisse du niveau d’éducation, dans la mesure où il permet aux élèves en difficulté d’apprentissage de se remettre en selle et donc de mieux appréhender les contenus scolaires. Or, comme l’a justement dit Marcel Crahay : […] il semble établi désormais que le fait de répéter une année et, partant, de recommencer la totalité d’un programme de cours n’aide pas les élèves en difficulté à surmonter les obstacles 3.

Groupe de travail sur l’éducation et la formation (GTEF) (2010). Pour un pacte national sur l’éducation en Haïti. Rapport au Président de la République, Port-au-Prince.

Cahier thématique – L’école fondamentale haïtienne

qui les empêchent de réussir honorablement à l’école. […] Du point de vue du chercheur, il semble urgent de dépasser la polémique à propos des effets du redoublement au primaire pour privilégier d’autres questionnements. Car si le redoublement ne constitue pas un moyen pour venir en aide aux élèves en difficulté, il paraît opportun de chercher d’autres moyens pour résoudre cet important problème. Bref, plutôt que de demander de nouvelles preuves concernant les effets du redoublement, il semblerait plus fécond de demander aux chercheurs de se concentrer sur d’autres objets d’investigation4. La pratique du redoublement est effectivement considérée par la plupart des chercheurs en sciences de l’éducation, et même par l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) [4], dont les fameuses études du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) sont très respectées, comme pédagogiquement inefficace et économiquement coûteuse. En somme, il a été démontré qu’elle est pédagogiquement toxique, psychosociologiquement stigmatisante et économiquement coûteuse. Elle est pédagogiquement toxique du fait qu’elle ne permet pas réellement à l’élève de rebondir, mais le place une année de plus face aux mêmes embûches, étant donné que non seulement les enseignants ne modifient pas leurs pratiques pédagogiques, mais que l’environnement familial des élèves, impliquant une espèce et un volume de capital culturel bien déterminés, ne change pas non plus d’une année à l’autre. Il arrive même que le redoublement renforce les difficultés d’apprentissage des élèves, puisque les enseignants ont tendance à ne plus donner d’attention et donc une place privilégiée aux redoublants dans la situation pédagogique, ce qui suppose que leur déficit d’apprentissage ne sera pas forcément comblé par la reprise de l’année. Elle est psychosociologiquement stigmatisante dans la mesure où elle est dévalorisante et assène un grand coup à l’estime de soi des élèves. Les redoublants et leurs parents sont alors portés à réviser leurs ambitions scolaires et socio-professionnelles. En effet, les élèves attribuent souvent leur échec à des causes internes incontrôlables et nourrissent un sentiment d’incompétence (intelligence, aptitudes, maladie), ce qui les installe souvent dans un cercle vicieux d’échec et les conduit au décrochage scolaire. De plus, ils sont ridiculisés et marginalisés par leurs pairs, ce qui s’avère très honteux et donc douloureux pour eux [2].

maîtres, achat de nouveaux matériels didactiques, construction de bâtiments scolaires, etc.) et de création de lieux de culture non pris en charge par l’école (salle de spectacle, zoo, jardin botanique, etc.), du côté de l’État.

3. LES RAISONS D’ÉLIMINER LE REDOUBLEMENT EN HAÏTI

Il est indéniable que le système éducatif haïtien a fait de grands progrès, car il a augmenté en volume, c’est-à-dire en nombre d’élèves et d’établissements d’enseignement. En effet, de 20022003 à 2013-2014, les effectifs des élèves sont passés de 3 286 988 à 3 779 655, soit un taux d’accroissement annuel moyen de 1,3 %, et, pour la même période, le nombre d’écoles est passé de 15 258 à 17 828 [3]. Cependant, son efficacité interne ou sa qualité n’a pas suivi cette évolution quantitative. En témoigne le taux de rendement scolaire, lequel a un impact négatif à la fois sur les élèves, les parents et l’État haïtiens.

Tableau 1 Taux de rendement scolaire des élèves aux deux premiers cycles du fondamental

TAUX DE RENDEMENT

1e AF

2e AF

3e AF

4e AF

5e AF

6e AF

MOYEN

(%)

(%)

(%)

(%)

(%)

(%)

(%)

Promotion

Redoublement

Abandon

Total

Source : SNA/EPT, MENFP/DPCE, Recensement scolaire 2002-2003.

3.1 Les raisons psychosociologiques

Enfin, elle est économiquement coûteuse parce que les pouvoirs publics ainsi que les parents sont amenés à investir dans une année scolaire supplémentaire. Le problème, c’est que les coûts scolaires supplémentaires auraient pu servir à combler le manque de capital culturel de certains élèves (éducation artistique, excursions dans d’autres régions du pays, voyage à l’étranger pendant les vacances, etc.), du côté des parents, et à investir dans des projets de renforcement scolaire (formation des

Il n’existe certes pas de nombreuses et sérieuses études psychosociologiques empiriques sur les effets du redoublement sur les élèves haïtiens, mais des observations occasionnelles faites lors d’entretiens semi-directifs et d’écoutes discrètes des conversations de certains redoublants ou « échoués » font découvrir une souffrance personnelle. Celle-ci se manifeste à travers un double discours. Le premier renvoie à un sentiment d’injustice, au sens que ce sont les examinateurs qui les « coulent » volontairement pour un quelconque différend ou une antipathie, sinon à travers un discours magico-symbolique en terme de mauvais sort jeté sur l’élève par un parent ou un voisin jaloux. Le second discours donne à voir un sentiment de reconnaissance d’une « incapacité naturelle », au sens que l’élève est né crétin et qu’on ne pourra rien faire pour lui permettre d’acquérir des savoirs scolaires.

4. Crahay, Marcel (2004). « Peut-on conclure à propos des effets du redoublement », Revue française de pédagogie, no 148, juillet-août-septembre, p. 22.

S’agissant des parents haïtiens, ils ont une propension à retirer (parfois à la demande des responsables des écoles, notamment les écoles dites d’excellence, qui veulent garder leur bonne réputation) leurs enfants redoublants des établissements scolaires où

Cahier thématique – L’école fondamentale haïtienne

ils ont échoué pour les placer dans d’autres où le niveau d’enseignement est plus bas. Ce faisant, ils croient résoudre au profit de leurs enfants un réel et global problème socio-pédagogique alors qu’en réalité ils ne font que différer leur inévitable échec, notamment aux examens d’État (6e et 9e années fondamentales, baccalauréat 1re et 2e parties). Et même si les premier et troisième examens officiels ont été éliminés du parcours scolaire, il n’en demeure pas moins vrai que les deux restants représentent des facteurs de blocage traumatisant dans le parcours scolaire. De ce fait, le redoublement se révèle à la fois pénible et improductif, et ce, d’autant que les élèves, s’ils n’abandonnent pas avant, se retrouvent, à la fin d’un cycle d’enseignement (fondamental ou secondaire), relégués dans des filières professionnelles (apprentissage de petits métiers) dénuées d’importance socio-économique. Cela les expose au déficit de qualification pour le marché du travail intégrateur, à la mobilité sociale descendante, à la honte sociale et même à la délinquance.

3.2 Les raisons économiques

Comme l’ont montré Jean Moisset et Georges G. Mérisier [4], le coût moyen annuel de la scolarisation d’un élève en 2001 était de 1 600 gourdes pour le fondamental. Et comme indiqué dans La stratégie nationale d’action pour l’éducation pour tous (SNA/ EPT), « au niveau des écoles non publiques les frais d’inscription

Tableau 2

et les frais d’écolage (frais d’entrée annuels et frais mensuels) sont payables directement à l’école. Selon des informations fournies par différents partenaires de l’éducation, ils sont très variables et s’élevaient en moyenne à 2 751 gourdes en 2005. Néanmoins, cette moyenne cache la réalité des charges scolaires dans de nombreux établissements du sous-secteur privé où les frais requis des parents sont très variables et peuvent atteindre des plafonds difficiles à déterminer. À tous ces frais, il convient d’ajouter les coûts liés au transport, à l’uniforme scolaire, aux manuels et aux fournitures. De ce fait, l’effort financier des familles en éducation est estimé à 109 US$ en moyenne par année, destinés prioritairement aux frais de scolarité, d’uniformes, de manuels et de fournitures scolaires5 ». En guise d’exemple, pour scolariser seulement deux enfants au cycle fondamental en 2005, une famille vivant avec le salaire minimum de 240 gourdes par jour devait dépenser 5 502 gourdes par an. Aujourd’hui, en tenant compte de l’inflation (avec un indice des prix à la consommation de 113,71 en 2005 et de 234,6 en 2015), cette somme est estimée à 11 554 gourdes, soit environ un quart de son salaire annuel. Or, en 2002-2003, sur un effectif 5.

Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) (2007). La stratégie nationale d’action pour l’éducation pour tous, Port-au-Prince, MENFP.

Répartition des effectifs des redoublants de l’enseignement fondamental par milieu et par genre selon le cycle et l’année d’étude

ENSEIGNEMENT FONDAMENTAL

MILIEU Genre

URBAIN

RURAL

ENSEMBLE

Total

Dont filles

Total

Dont filles

Total

Dont filles

1re AF

14 385

6 585

31 828

13 736

46 213

20 321

2e AF

14 553

6 890

29 614

13 196

44 167

20 086

3e AF

13 566

6 521

27 648

11 264

41 214

17 785

4e AF

11 300

5 424

24 884

14 519

36 184

19 943

5e AF

9 952

4 974

14 427

6 660

24 379

11 634

6e AF

7 921

3 943

11 988

5 530

19 909

9 473

TOTAL

71 677

34 337

140 389

64 905

212 066

99 242

7e AF

6 263

2 778

4 352

1 391

10 615

4 169

8e AF

3 407

1 779

1 695

5 102

2 594

9e AF

5 103

2 710

2 622

1 360

7 725

4 070

TOTAL

14 773

7 267

8 669

3 566

23 442

10 833

86 450

41 604

149 058

68 471

235 508

110 075

Année d’étude 1er et 2e cycles

3e cycle

ENSEMBLE Source : MENFP/DPCE, Recensement scolaire 2013-2014.

Cahier thématique – L’école fondamentale haïtienne

de 2 106 805 élèves, le nombre total de redoublants dans les secteurs public et privé de l’enseignement fondamental était de 281 626 ; et en 2013-2014, selon le recensement scolaire 20132014, sur un effectif de 2 498 706 élèves dont 24 % sont scolarisés dans le secteur public, il est de 235 508, dont 212 066 au niveau de l’éducation de base (1er et 2e cycles), soit un taux de redoublement de 8 %. Le coût total du redoublement, tant pour l’État que pour les ménages, est alors facile à déterminer. Dans ces conditions, où 85 % de l’offre éducative nationale est privée et où, dans la période 2000-2010, environ 76 % des ménages vivaient en dessous du seuil de pauvreté (moins de 2 $US par jour et par personne), il est évident que le redoublement scolaire a été et demeure encore une double peine : il approfondit la pauvreté des familles et implique la nonscolarisation des enfants. En effet, l’Enquête sur les conditions de vie en Haïti (ECVH-2001) a montré que « pour 21,2 % des enquêtés le coût trop élevé de la scolarisation a constitué la principale contrainte à l’accès au savoir dispensé par l’école, pour 36,6 % des enquêtés, l’impossibilité de payer les frais de scolarisation a été le motif majeur de l’arrêt de la scolarité6 ». Et en 2012, l’incidence de pauvreté modérée (qui est estimée à 82 gourdes par personne par jour) était de 58,6 %, touchant donc 6,3 millions de personnes [5]. Ainsi, malgré le Programme d’éducation pour tous mis en place en 2007 [6] et le Programme de scolarisation universelle et gratuite (PSUGO) mis en œuvre en 2013, tout porte à croire que les coûts élevés de scolarisation empêchent encore les parents de scolariser leurs enfants et encore moins les redoublants.

4. LA PROCÉDURE D’ÉLIMINATION DU REDOUBLEMENT

La nécessité d’éliminer le redoublement, au moins dans le cycle d’enseignement fondamental haïtien, s’impose. Pour ce faire, il faut commencer, comme l’a justement prévu la Réforme Bernard, par la promotion automatique de la 1re à la 2e année, de la 3e à la 4e année et de la 5e à la 6e année. C’est dire que les élèves des deux premiers cycles du fondamental subiront trois évaluations susceptibles de donner lieu au redoublement, celles de la 2e, de la 4e et de la 6e année. Car les apprentissages de 1re et de 2e année constituent un continuum, tout comme ceux de 3e et de 4e année, ce qui signifie qu’il est inutile de procéder à une évaluation de passage à l’intérieur d’un segment d’apprentissage. L’élimination du redoublement nécessitera évidemment la conception et la mise en place de tout un ensemble de mesures d’accompagnement (formation des enseignants, recrutement de personnel supplémentaire pour des leçons particulières, réduction de la taille des classes, organisation de classes de soutien durant les vacances scolaires, intervention de logopèdes, de psychologues et de spécialistes en didactique), afin d’éviter la baisse du niveau de l’éducation. Ces mesures auront certes un 6. Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) (2003). Enquête sur les conditions de vie en Haïti (ECVH-2001), Port-au-Prince, IHSI.

important coût, mais l’avantage coût-bénéfice sera largement favorable à l’État et aux ménages haïtiens. Dans cette perspective, à court terme, le MENFP, de concert avec le ministère de l’Économie et des Finances (MEF), peut mettre en place un programme de soutien extrascolaire pendant les vacances d’été. Celui-ci sera effectué par des étudiants. Pour ce faire, le MENFP pourrait procéder à un recensement exhaustif des redoublants, dresser une cartographie nationale du phénomène, établir une pédagogie d’appui bien spécifique et enfin envoyer ces étudiants exécuter ce programme.

5. CONCLUSION

Dans le contexte haïtien, le redoublement scolaire n’apporte en réalité qu’un sentiment d’un travail pédagogique relativement adéquat, au sens que l’établissement scolaire fait tout ce qu’il peut pour transmettre des savoirs et qu’en conséquence le redoublement est de la faute personnelle de l’élève. Les élèves en difficulté d’apprentissage pour des raisons diverses sont donc sacrifiés sur l’autel de la pédagogie indifférenciée. C’est dire que ni le cadre ni les formes de transmission et d’évaluation des savoirs ne sont véritablement mis en cause. Or, en ce qui concerne particulièrement l’évaluation, elle se révèle défaillante. En effet, dans La stratégie nationale d’action pour l’éducation pour tous, il est fait mention que « les courroies de transmission d’information et de prise de responsabilités entre les instances dans la conduite des différentes étapes de l’opération d’évaluation des acquis ne semblent pas imperméables. L’insuffisance de ressources humaines qualifiées pour conduire professionnellement les différentes opérations liées à l’administration des tests, à la correction normalisée, à la saisie des performances individuelles et au traitement des données jusqu’à la publication des résultats affecte également la fiabilité des résultats7 ». C’est d’ailleurs pourquoi le GTEF a justement fait la « Recommandation no 8 », à savoir : « Revoir le système d’évaluation des apprentissages : encourager l’évaluation formative au niveau des établissements, confirmer la décision de promotion automatique entre la 1re et la 2e année et entre la 3e année et la 4e année du fondamental, supprimer l’examen d’État de 6e année8 . » Ainsi, en attendant la réalisation d’une conférence de consensus sur le redoublement dans l’enseignement fondamental en Haïti, laquelle réunira les chercheurs en éducation, les enseignants et les parents d’élèves, les autorités haïtiennes doivent faire preuve d’intelligence et de courage politique en interdisant le redoublement dans les deux premiers cycles d’enseignement fondamental, sinon, pour commencer, en 1re et en 3e année. Cette mesure participera grandement à l’amélioration de l’accessibilité et de la qualité de l’éducation en Haïti.

7.

Ibid.

8.

Groupe de travail sur l’éducation et la formation (GTEF) (2010). Pour un pacte national sur l’éducation en Haïti. Rapport au Président de la République, Port-au-Prince.

Cahier thématique – L’école fondamentale haïtienne

BIBLIOGRAPHIE

1 ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES (OCDE) (2013). Équité et qualité dans l’éducation : Comment soutenir les élèves et les établissements défavorisés, Paris, Éditions OCDE. 2 CRAHAY, Marcel (2009). « Le redoublement, une réalité secrète et douloureuse », dans Peut-on lutter contre l’échec scolaire ?, Bruxelles, Éditions de Boeck Université, 3e édition, p. 238-242. 3 MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE (MENFP)/DIRECTION DE LA PLANIFICATION ET DE LA COOPÉRATION

EXTERNE (DPCE) (2015). Recensement scolaire 2013-2014, Port-au-Prince, MENFP/DPCE. 4 MOISSET, Jean J. et MERISIER, Gaston Georges (2001). Coûts, financement et qualité de l’éducation en Haïti : perspective comparative école publique, école privée, Port-au-Prince. 5 PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DÉVELOPPEMENT (PNUD) (2014). Rapport OMD 2013, Haïti : un nouveau regard, Port-au-Prince. 6 MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE (MENFP). (2007). La stratégie nationale d’action pour l’éducation pour tous, Port-au-Prince, MENFP.

Fritz Dorvilier, Ph. D. a effectué des études universitaires de premier cycle en Droit et en Sociologie à l’Université d’État d’Haïti. Il est détenteur d’un diplôme d’études approfondies (DEA) en études du développement et d’un doctorat en sciences sociales (Développement-Population-Environnement) de l’Université Catholique de Louvain, Belgique. Il est actuellement enseignant-chercheur à l’Université d’État d’Haïti. Ses recherches portent sur l’éducation, la gouvernance territoriale, le développement local, la démo-économie, la justice de paix et les nouveaux mouvements sociaux. Parallèlement à ses activités d’enseignement, il s’adonne à la consultance auprès du Parlement et du ministère de l’Éducation nationale d’Haïti, ainsi que d’organismes internationaux de développement. kitz74@yahoo.com

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