Vol. 5 n° 2 · Analyse

Vœux du ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle

Première page — Florence Pierre-Louis

Il est malaisé de rebrousser le temps où notre désir se mit au service du projet de création d’instituts universitaires dans les différentes provinces du pays, projet conçu et, plus tard, mis en pierre par l’éminent disparu, professeur Michel Saint-Louis.

Il est malaisé de rebrousser le temps où notre désir se mit au service du projet de création d’instituts universitaires dans les différentes provinces du pays, projet conçu et, plus tard, mis en pierre par l’éminent disparu, professeur Michel Saint-Louis. La puissance de sa volonté s’attarda en route, mais porta bonnes nouvelles. Depuis le temps qu’elles s’en sont allées en guerre et qu’elles résistent, les universités publiques en région se sont attelées à mettre en œuvre des missions possibles. Alors s’est promue entre elles une compétition paresseuse qui les fit exister. Ainsi ont-elles commencé à tracer les chemins ascendants d’une histoire du pays, même et autre, juste pour essaimer sur nous une part du Bien de Platon, notre part des dons de Prométhée. Elles ont commencé à rapatrier nos enfants, à assoiffer leurs intelligences, à percer des innovations, à rallumer des rêves tués, à créer des destins, à déjouer les fatalités, à caresser d’étonnantes chimères, à accoucher des âmes belles. Elles s’essayent à tolérer « nos méditatifs et nos contemplatifs » sans qui nous sommes perdus. Les institutions, encore dans leur prématurité, ont ouvert les brèches de vases communicants, entre elles et, dans les replis des différentes tranches de science, la science est vagabonde, buissonnière, transfuge, et les liens qu’elle tisse malgré elle entre ces étroits compartiments sont souvent comme une petite pluie bienfaisante provocatrice d’idées neuves. Les grands maîtres ont jadis investi les maisons de savoir pour nous apprendre à nous affranchir des chaînes du réel afin que nous puissions élire domicile en terre d’abstraction, lieu des plus grandes créations de l’esprit humain. L’espace de nos campus décentralisés s’en est souvenu. Pour qu’Haïti devienne « pays conquis », nos actuels chercheurs ont l’urgente tâche de débusquer les lieux et les jeux de fonctionnement positif de la société haïtienne, de rattraper les parcelles de lumière perdues de notre passé de peuple. Pour aller plus loin, il leur faudra sans cesse récidiver. Et puisque nul peuple n’est surnuméraire, une nation qui sombre est déjà une perte désespérée dans notre marche vers l’Humanité. Mais si l’ouvrage ne nous est une trop lourde charge, le monde surprendra notre diacoute, hébergé au fin fond des étoiles, par-delà les galaxies. Frankétienne sera notre passeur. Nos universités publiques en région, partagées en pays décalé, représentent la concession la plus méritoire consentie à l’exigence de distribution de la culture humaniste dans notre société. C’est à elles, et à toutes les maisons de savoir de la place, qu’il est prescrit d’augmenter l’élite des gardiens de notre panier à connaissances, rempli à mesures timides et répétées, parfois explosives, de morceaux de science et de conscience. Donnons-leur grand vent si nous souhaitons que, par les voies douces dégradées, pacifiantes peut-être, nous accordons volontiers à l’université, elles atteignent leur plus grand large. Florence Pierre-Louis est Directrice de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique au Ministère de l’éducation Nationale et de la formation professionnelle (MENFP). florencepierre_louis@yahoo.fr

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