Vol. 5 n° 2 · Opinion

10e anniversaire des universités publiques en region : défis et perspectives

Première page — Kyss Jean-Mary
Haïti Perspectives, vol. 5 • no 2 • Été 2016

De l’Antiquité à nos jours, en passant par l’Académie de Platon et le Lycée d’Aristote, l’homme est demeuré un animal pensant.

De l’Antiquité à nos jours, en passant par l’Académie de Platon et le Lycée d’Aristote, l’homme est demeuré un animal pensant. D’où le fameux « Cogito ergo sum » de Descartes. Et allant au delà de cette simple idée il franchit l’étape supérieure dans un saut qualitatif ; de la simple existence, il réalise qu’il doit confirmer cette existence. Il doute. « Dubo ergo sum » (je doute, donc je suis). C’est à l’Université (Universitas) que nous arrivons à douter. Douter de nos croyances, des idées reçues et préconçues, des conclusions et assertions toutes faites et des vérités pseudo-scientifiques ; c’est là aussi que les autorités surfaites sont bousculées et que les icônes sont brisées ; c’est dans l’enceinte de l’Université que se réalisent la déconstruction et la construction des savoirs. On y interroge aussi toutes les vérités à tout moment, même celles qui remontent à des temps immémoriaux. Sans complaisance et sans complexe.

intellectuelle de nos dirigeants, contre les vues courtes et même trop courtes, doit être conduite avec clairvoyance et âpreté. Nul ne peut ou ne doit s’y soustraire. Tous y sont appelés. L’Élite, notre Élite, a failli. Le constat est amer. Après plus de 200 ans d’indépendance, nous occupons la queue du peloton des pays de l’hémisphère et du monde. Nos gouvernants, les uns après les autres, ressemblent, pour la plupart, selon l’expression d’Abellard au Moyen-âge, à des ânes couronnés plutôt qu’à des hommes d’État. L’Université nationale se cherche mais ne trouve pas encore sa voie. Elle tâtonne et balbutie sans guide et sans éclairage sur une route ténébreuse et dangereuse. Plus de 100 ans après sa naissance, elle n’a pas formé cette masse critique d’hommes et de femmes qui pourraient diriger avec dextérité, aussi bien avec une conscience citoyenne et une vision éclairante, notre pays vers la lumière. Plus cela dure, plus il empire.

L’Université c’est tout cela et plus que cela. C’est un sanctuaire qui invite à la réflexion sur ce que nous sommes comme société, comme nation et comme être. Une réflexion qui porte sur notre avenir, avec une foi inébranlable qui transcende les aléas et les transforme en possibilités infinies.

L’Université Haïtienne si prometteuse au cours du siècle dernier, est aujourd’hui un fantôme, un zombi qui a perdu la saveur du sel du savoir. Avec quoi peut-on la lui rendre ? Or c’est de l’Université que doit sortir le salut de cette nation. C’est elle qui doit fournir le levain nécessaire à la pâte dont sera fait le pain…

Dans la conjoncture actuelle de notre quotidien national, dans notre situation de doute sur nous-mêmes, sur notre capacité à nous resaisir, devant le désarroi profond de notre jeunesse, la cécité de nos élites, la déperdition de nos valeurs, il est venu le temps de nous « refonder » si jamais nous avons été fondés. L’Université, la nouvelle Université en gestation, au niveau du réseau des Universités Publiques en Région (UPR), doit être le fer de lance du renouveau de la nation et le creuset de cette pensée dubitative et iconoclaste. Nos jeunes, notre société devront s’ouvrir au monde pour en découvrir de nouvelles orientations.

Alors devons-nous continuer à constater d’un œil marri sa décadence. L’opportunité nous est offerte de faire autrement, de douter pour mieux croire que notre situation présente n’est pas une fatalité. Notre Réseau d’Universités Publiques en Région est à son 10 e anniversaire d’existence. Actuellement, près de 10 000 étudiants de tous les coins du pays y sont admis. L’Université nationale n’a jamais été aussi largement ouverte à un si grand nombre de jeunes et en si peu de temps. De jeunes hommes et de jeunes femmes de notre pays y sont librement admis par méritocratie. Et les enfants de nos paysans y contemplent désormais un avenir dans une Haïti en voie de régénération. Cependant, tout cela est loin d’être suffisant.

A travers les réflexions de la décennie nouvelle, les hommes et les femmes qui ont en mains les destinées de l’Université Haïtienne, en particulier celle des Universités Publiques en région, ont de grands défis à relever et des sacrifices surhumains à supporter. La bataille contre l’obscurantisme, contre la barbarie

Notre curriculum doit être réaménagé pour créer l’Haïtien nouveau dont nous avons besoin. L’Haïtien qui s’engage dans le développement national avec fierté et volonté, qui a le courage

de commencer le travail herculéen de construction de la nouvelle société Haïtienne et la détermination de le bien terminer ; l’Haïtien dont la culture, l’intelligence et l’orgueil lui permettront de regarder le soleil, tous les soleils en face. Ce curriculum doit s’inspirer, loin des sentiers battus, en grande partie de : • Notre Histoire, ses péripéties, ses défaites et ses victoires ; • Notre Culture et notre folklore ; • Nos savoir-faire dans les arts et dans toute entreprise humaine digne ; • Notre ouverture sur le monde ;

• Notre esprit de tolérance ; • Notre amour de la liberté. Un tel Curriculum enrichi de nos valeurs, sera l’œuvre de toutes les femmes et de tous les hommes qui servent dans nos UPR ou qui en feront partie à l’avenir. L’Université Publique du Centre (UPC) avec ses trois (3) facultés d’Agriculture et de l’Alimentation, d’Administration et de Gestion, et des Sciences de l’Éducation est prête à s’engager avec courage et détermination dans cette grande et belle aventure qui doit assurer et garantir l’avenir de notre pays. A l’orée de ce 10e anniversaire, elle formule ses vœux les plus sincères de succès à toutes les composantes du Réseau des UPR pour une Université féconde et prospère.

• Les sciences humaines ; • Notre engouement pour apprendre ; • Notre sensibilité pour la paix ;

Dr Kyss JEAN-MARY, médecin-chirurgien et entrepreneur, est le Recteur de l’Université Publique du Centre (UPC). Fondateur et ancien doyen de la faculté de médecine de l’Université Quisqueya, il est professeur de gynécologie et d’obstétrique à l’Université d’État d’Haiti et à l’Université Quisqueya. Il a été également médecin et professeur à l’Université de l’État de New York et membre du Board de l’Association des gynécologues et obstétriciens des États-Unis d’Amérique. nicoleetkyss@yahoo.com

Lancement de la 5e édition (2016) du

Programme des Prix d’excellence du GRAHN Vous êtes invité-e-s à proposer des candidatures de personnes méritantes qui vivent en Haïti à un ou plusieurs des prix suivants : 1. Prix de l’Action citoyenne de l’année

9. Prix du Leadership de l’année

2. Prix de l’Agriculteur de l’année

10. Prix de Littérature d’expression créole de l’année

3. Prix de l’Artisan de l’année

11. Prix de Littérature d’expression française de l’année

4. Prix de la Collaboration et de l’entraide de l’année

12. Prix de l’Organisme de l’année

5. Prix de l’Éducateur de l’année

13. Prix de la Ruralité de l’année

6. Prix de l’Entrepreneuriat « Madan Sara » de l’année

14. Prix du Scientifique de l’année

7. Prix de l’Environnement et de l’aménagement de l’année

15. Prix Groupe Jean Vorbe du Sportif féminin de l’année

8. Prix du Jeune entrepreneur de l’année

16. Prix Groupe Jean Vorbe du Sportif masculin de l’année

Date limite pour proposer des candidatures au concours 2016 : 31 juillet 2016 Formulaire de mise en candidature : http ://www.grahn-monde.org/index.php/formulaire Informations générales : http ://www.grahn-monde.org/index.php/activites/prix-d-excellence/liste-et-definition-des-prix

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