Vol. 6 n° 4 · Mot des coéditeurs
Mot du coéditeur
Les changements climatiques d’origine anthropique sont considérés par plus d’un comme l’un des plus grands défis environnementaux et sociétaux auxquels l’humanité se trouve et se trouvera confrontée.
Les changements climatiques d’origine anthropique sont considérés par plus d’un comme l’un des plus grands défis environnementaux et sociétaux auxquels l’humanité se trouve et se trouvera confrontée. Ce problème inédit, provoqué principalement par une utilisation abusive des combustibles fossiles et une déforestation accrue, ne connaît ni limites géographiques ni « frontières » sectorielles. Caractérisés essentiellement par une augmentation de la température moyenne globale accompagnée de modifications des régimes de précipitations, d’une hausse du niveau des océans et d’une plus grande fréquence des événements extrêmes, les changements climatiques n’ont jusqu’à présent épargné aucune région ni aucun secteur socioéconomique. En effet, dans les régions polaires, la fonte des glaciers et le dégel du pergélisol contribuent à complexifier les modes de vie des communautés qui en dépendent, sans compter les incidences négatives directes sur les espèces animales et les infrastructures de communication stratégiques ; dans les régions équatoriales et de moyennes latitudes, les secteurs économiques dépendant des ressources naturelles et des conditions climatiques font de plus en plus face à des dommages considérables menaçant leur fonctionnement, voire leur existence. Devant l’ampleur des dégâts que causent ou risquent de causer les changements climatiques aux systèmes socioécologiques tant des pays développés, responsables en grande partie du problème, que des pays en développement, généralement les plus vulnérables, la communauté des nations, à travers la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et les instrumentaux multinationaux connexes, semble, pour le moins qu’on puisse dire, avoir compris la nécessité de mettre sur pied un cadre de réponse global à la hauteur du problème. Malgré tout, la concentration atmosphérique des principaux gaz à effet de serre (GES) à la base du phénomène ne cesse d’augmenter, réduisant ainsi la fenêtre restante pour limiter l’augmentation de la température en dessous de 1,5 degré Celsius par rapport aux
niveaux préindustriels. Selon le plus récent rapport spécial du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) adopté en octobre dernier en Corée du Sud, il faudra réduire drastiquement les émissions de GES d’ici 2030 si l’on veut maintenir le réchauffement sous le seuil susmentionné. Ainsi, on peut dire que tout n’est pas perdu ! Nous pouvons encore éviter le pire en rehaussant nos ambitions d’atténuation au-delà de celles qui sont inscrites dans les contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN) élaborées à la veille de la COP21 à Paris. Les voies à suivre pour y arriver sont pour la plupart connues. Le rapport sus-cité en a présenté une gamme assez variée. La grande question est la suivante : Pourquoi ne les empruntons-nous pas pendant qu’il en est encore temps ? Les articles constituant le présent cahier thématique ont été produits dans cette perspective. Ils essaient, sur des aspects différents, d’apporter des éléments de solution ou d’alimenter les débats sur la question susceptibles de nous montrer comment emprunter la voie ou les voies menant à un développement sobre en carbone et résilient aux conditions climatiques adverses. L’article de Raoul Vital propose des pistes pour la construction d’une réponse adéquate à la situation de crise environnementale d’Haïti et la compréhension du décalage existant entre le système institutionnel et la complexité de cette crise. Celui de Joseph et Saffache procède à un état des lieux des écosystèmes forestiers les plus importants du territoire, et établit un lien entre la présence de ces écosystèmes et le climat dans une perspective de protection de la biodiversité et de lutte contre les changements climatiques en Haïti. En ce qui concerne l’article de Nadeau et coll., il décrit la contribution des forêts et des agroforêts ainsi que celle de la valorisation des déchets organiques en Haïti au processus de développement d’une économie verte résiliente aux changements climatiques.
