Vol. 7 n° 1 · Éditorial
Éditorial : Pour une meilleure place des femmes dans la science en Haïti
La société haïtienne est bien connue pour être l’une des plus inégalitaires du monde.
La société haïtienne est bien connue pour être l’une des plus inégalitaires du monde. Cette piètre performance se manifeste dans toutes les sphères de l’activité économique, sociale et politique. Elle se manifeste également dans l’accès des femmes aux instances de pouvoir, et encore plus à la poursuite de carrières scientifiques. Même si ce phénomène est aussi observé dans des sociétés plus développées comme celles des États-Unis ou du Canada, où la proportion des femmes en mathématiques, en sciences et en génie est moins élevée que dans les autres disciplines, il revêt une importance capitale en Haïti, où il est difficile de gagner sa vie dans des métiers traditionnellement réservés aux femmes. Il faut donc tout faire pour offrir des perspectives aux femmes, en évitant de les enfermer dans des ghettos professionnels au sein desquels la mobilité sociale n’existe presque plus et – pire encore – où l’espoir de vaincre la pauvreté à l’échelle d’une vie est très mince. C’est donc un passage obligé si on veut réduire les inégalités sociales dont les femmes demeurent les principales victimes.
LE PROJET SAGA Soutenu par le gouvernement suédois grâce à l’Agence suédoise de coopération internationale pour le développement (ASDI)1, l’UNESCO a lancé en 2017 le projet intitulé « STEM And Gender Advancement » (SAGA) dont l’objectif général est de contribuer à réduire l’écart entre les hommes et les femmes en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) dans tous les pays et à tous les niveaux de l’éducation et en recherche. Il s’agit d’un projet d’envergure mondiale, auquel participent une dizaine de pays : l’Uruguay, l’Argentine, la Thaïlande, la Jamaïque, la Gambie, le Liban, Haïti, le Libéria et le Chili. Pour atteindre son objectif, le projet préconise la collecte et l’analyse systématique de données ventilées par sexe pour offrir un appui lors de l’élaboration et de l’application de politiques pouvant avoir un impact sur l’égalité des genres en STIM. De plus, le projet SAGA a pour but de mettre en lumière les raisons pour lesquelles certaines politiques affectent l’équilibre entre les genres en science, technologie et innovation (STI) après leur recension, d’améliorer et 1.
http://www.frqnt.gouv.qc.ca/documents/10179/2637840/Liste-objectifs-egalite-LOG-STI.pdf/cb51ae3b-d2b6-44f5-ab0a-ae6afcd5efc8
de développer de nouveaux indicateurs pour appuyer les différents processus de prise de décisions politiques, de renforcer les capacités de collecte de données sur l’égalité entre les hommes et les femmes en STIM des États membres de l’UNESCO et, finalement, de produire des documents méthodologiques de référence pour la collecte de statistiques dans le domaine des STIM.
INVESTIR TÔT DANS LES FILLES La femme occupe une place centrale dans la société haïtienne. Elle constitue la pierre angulaire de la famille et joue un rôle fondamental dans l’économie haïtienne. Or, elle évolue dans une certaine précarité et occupe principalement des emplois peu rémunérés dans le secteur informel, que ce soit en milieu rural ou urbain. En fait, le manque d’éducation, de conscientisation, les discriminations endémiques, les préjugés, la construction sociale des rôles attitrés au sexe masculin ou féminin et le manque de confiance des femmes en leur capacité peuvent représenter des facteurs limitatifs, voire dissuasifs à leur pleine et entière participation aux enjeux importants. Les enjeux notamment reliés à la gouvernance et au domaine scientifique constituent de nos jours des moteurs de développement incontournables de toute société. Ainsi, un regard axé vers la science est un outil intéressant pour la femme et est susceptible de faciliter son positionnement stratégique sur l’échiquier local, national et international. Pour gagner cette bataille, il faut s’y prendre très tôt, aller prêcher la bonne nouvelle dans nos centres de la petite enfance, dans nos écoles fondamentales et nos écoles secondaires, en exposant le plus tôt possible nos jeunes filles à des modèles de scientifiques féminins. Particulièrement dans un pays comme Haïti où le risque est très grand de perpétuer et de transmettre les inégalités sociales aux générations futures, il faut offrir aux filles, dès leur plus tendre enfance, des modèles qui vont au-delà de leur environnement social immédiat. Pour ce faire, il faut créer et multiplier des occasions de mettre ces filles en contact avec des femmes de sciences afin de les inspirer et d’influencer positivement leur parcours. Le défi est d’amener le plus de femmes possible à réaliser leur plein potentiel, ce qui ne peut être que bénéfique pour l’ensemble de la société et pour l’humanité.
