Vol. 8 n° 1 · Hommage
Jean-Claude, le Grahnule
À la mémoire de Jean-Claude Fouron, médecin et universitaire

Nous pleurons aujourd’hui son départ, après une vie professionnelle, scientifique, familiale et personnelle bien remplie.
Dr. Jean-Claude Fouron vient de nous quitter, le 19 octobre 2022. Nous pleurons aujourd’hui son départ, après une vie professionnelle, scientifique, familiale et personnelle bien remplie. Son héritage est immense. Mais, ce serait ne pas lui rendre justice que de ne pas parler du Grahnule conséquent qu’il était et qu’il demeurera dans la mémoire des membres du GRAHN ayant eu le privilège de le côtoyer, de l’apprécier, de l’admirer. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas le GRAHN – le Groupe de réflexion et d’action et d’action pour une Haïti nouvelle – c’est une organisation de vigie citoyenne, laïque et apolitique fondée le 20 janvier 2010 à Montréal, huit jours après le séisme du 12 janvier 2010. Sa mission est de contribuer à l’émergence d’une Haïti nouvelle, par la création d’une société démocratique, ouverte, plus inclusive, moins inégalitaire, fondée sur le droit, la solidarité, le partage, l’éducation, le culte du bien commun et la conscience environnementale. Jean-Claude en est un des fondateurs. Jean-Claude fut l’un des responsables du comité thématique « Santé publique » de GRAHNMonde jusqu’à son décès. Il était aussi membre honoraire du conseil d’administration de l’Institut des sciences, des technologies et des études avancées d’Haïti (ISTEAH), établissement universitaire fondé en 2013 en Haïti par le GRAHN. Jean-Claude avait présidé la grande conférence Haïti Santé 2012 du GRAHN qui a eu lieu à Port-au-Prince. De sa conférence plénière donnant lieu à l’article intitulé « La santé, moteur du développement socio-économique en Haïti », publié dans la revue Haïti Perspectives du GRAHN, dans un numéro pour lequel il a agi comme co-éditeur invité avec Dr Rodolphe Malebranche d’Haïti, il a écrit ceci :
miracle, c’est d’abord à nous et à nous seuls, sur notre petit coin de terre, de prendre conscience de notre société inégalitaire, héritée d’un colonialisme esclavagiste, dégradant autant pour celui qui le subit que pour celui qui en profite. Après plus de deux siècles d’esclavage et deux siècles d’indépendance, il me semble que ce spectacle a assez duré. Notre avenir collectif en dépend. C’est ce que j’appellerais notre deuxième indépendance. Je refuse de croire que nous en sommes incapables, comme certains le prétendent. Je crois au contraire que nous pouvons relever ce défi si nous décidons d’inclure dans cette merveilleuse aventure les cinq millions de cerveaux qui, sur notre île, n’ont pas accès au savoir. Souhaitons ensemble que cette semaine intensive d’ateliers et de séances de travail dépose à la base de ce nouvel édifice social, de cette nouvelle Haïti que nous voulons construire, dépose, donc, ces premières pierres qui ont pour nom prise de conscience et volonté ; volonté collective et inébranlable d’une société inclusive. Au nom de l’équité, de la justice et de la simple dignité. Je vous laisse avec cette définition de la conscience telle qu’exprimée par Joseph Ki Zerbo, professeur, historien, philosophe et sage né au Burkina Faso… : ‘’La conscience, c’est le fait d’assumer des événements et de les classer non seulement dans l’ordre de la compréhension intellectuelle, mais dans l’ordre éthique du devoir, de l’admissible et de l’inadmissible, du légitime et de l’illégitime. Pas seulement de la légalité mais de la légitimité. ‘’ » Voilà donc une pensée humaniste qui caractérise parfaitement le Grahnule Jean-Claude qui a cru sans réserve dans les idéaux du GRAHN et dont la disparition aujourd’hui nous afflige toutes et tous au plus haut point.
« D’emblée, je tiens à souligner que nous, du GRAHN, ne voulons donner de leçons à personne. Cependant, comme vous, nous ne pouvons rester insensibles à la réalité socioéconomique de notre patrie qui souffre (et ici, en bon pédiatre, j’emploierai un terme qui nous est familier), qui souffre d’un retard de croissance et de développement… »
Au nom de tous les membres du GRAHN et en mon nom propre, je transmets mes plus sincères sympathies à son épouse, Madame Pierrette Bienvenue Fouron, à ses trois filles Pascale, Catherine et Sophie, et à ses cinq petits-enfants.
« En attendant que la planète se mette d’accord pour une justice sociale mondiale, pour le respect de la dignité de toute vie humaine, qu’elle soit au nord ou au sud de l’équateur, en attendant le
Samuel Pierre Président de GRAHN-Monde 10 novembre 2022
