Vol. 9 n° 1 · Essai

Un engagement pour la transformation de l’homme et de la femme en Haiti par l’éducation

Première page — Magdala JEAN BAPTISTE

Cependant, il est clair, vu toutes les profondes transformations économiques et sociales que subissent actuellement les sociétés, qu’elles seront dans l’incapacité de subsister sans la présence des femmes.

INTRODUCTION

Traditionnellement, en Haïti, la place d’une femme se trouve au foyer pour s’occuper de la maison, des enfants et du mari. Une fois les études de base terminées, il est difficile pour les jeunes filles d’entamer des études supérieures. Les filles sont condamnées à suivre le modèle qu’inflige la société. Il est rare qu’elles intègrent les activités intellectuelles et scientifiques. C’est dans ce sens qu’à partir des lectures sur la lutte et l’autonomisation des femmes et suivant les conseils de quelques professeurs, Magdala Jean Baptiste a commencé à s’intéresser et à prendre part à des activités intellectuelles et scientifiques. Des lectures ont poussé sa curiosité à apprendre davantage. Aller à l’école, discuter et échanger avec les autres la fascine. Elle est toujours en train d’apprendre de nouvelles choses. Beaucoup d’embûches se sont présentées sur son chemin. Cela n’a pas du tout été facile avec les découragements de part et d’autre, car pour son entourage, il n’y a pas d’intérêt à ce que les femmes continuent à apprendre. Pour avancer, il est important d’avoir beaucoup de courage et de persévérance. Cependant, il est clair, vu toutes les profondes transformations économiques et sociales que subissent actuellement les sociétés, qu’elles seront dans l’incapacité de subsister sans la présence des femmes. L’objectif du développement durable OOD5 mentionne l’importance de parvenir à l’égalité des sexes et d’autonomiser toutes les femmes et les filles. La société évolue avec la participation des femmes dans des activités économiques et sociales. Cette participation détermine la qualité de la société. Les sociétés et les gouvernements ont donc une obligation envers les prochaines générations, celle de mettre au point des systèmes qui garantissent de bonnes compétences parentales, qui favorisent l’épanouissement du jeune enfant et qui tiennent compte des facteurs socio-économiques associés à une économie en pleine évolution et de la participation grandissante des femmes dans la population active. L’homme ainsi que la femme doivent acquérir les compétences nécessaires pour contribuer à une économie mondiale robuste et en constante évolution. Investir dans le capital humain consiste à améliorer la nutrition, la santé, la stimulation et les soins, et favorise le développement individuel, la richesse nationale et la croissance économique. Cet investissement permet de mettre fin à l’extrême pauvreté et de réduire les inégalités sociales. En raison de la discrimination, de l’accès insuffisant à l’éducation, à la formation, aux actifs, et de barrières culturelles entravant leur engagement, les femmes n’ont souvent pas les mêmes opportunités de formation et d’emploi que les hommes. Magdala Jean Baptiste est arrivée à défier toutes ces difficultés et a entamé

des études supérieures jusqu’à l’obtention de son doctorat. Les lignes suivantes présentent son parcours académique et professionnel et sa motivation à entamer des études supérieures.

1. FORMATION ACADÉMIQUE

Fille de paysan et de paysanne, Magdala est avant tout une paysanne. Elle est née dans le département du Sud-Est, commune de Bainet, première section communale Brésilienne, dans une localité communément appelée Geffray, dans une petite zone qui s’appelle Plaine Orange. Elle a entamé ses études fondamentales chez les Filles de Marie à la Vallée de Jacmel. Pour se rendre à l’école, elle devait marcher pendant trois heures pour l’aller et trois heures pour le retour. Quand la fatigue se faisait sentir, son père l’emmenait sur ses épaules ou bien à dos d’âne. Après les études fondamentales, elle est allée à l’école Elie Dubois pour entamer des études secondaires, techniques et professionnelles afin de devenir enseignante. Et là, elle a rencontré des personnes, des enseignants et des enseignantes, qui lui ont parlé des droits et de l’autonomisation des femmes. Docteure en gestion des systèmes éducatifs à l’Institut des Sciences, des Technologies et des Études Avancées d’Haïti (ISTEAH), Magdala Jean Baptiste est professeure d’université et formatrice. Elle a réalisé des stages de recherche en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et à l’École polytechnique de Montréal. Elle a obtenu un Master 2, option Expertise ingénierie et de formation à l’Université Quisqueya en double diplomation à l’Université de Paris-Est, UPEC, Créteil Val-de-Marne en France. Elle a aussi obtenu un Master 2 en FLE/FOS à l’Université Jean Monnet Saint Etienne en France. Elle détient une licence en Sciences de l’éducation de l’Université Quisqueya en Haïti. Pendant plus de 20 ans, Magdala Jean Baptiste a travaillé dans des institutions privées et publiques en tant que formatrice, coordonnatrice de projets d’éducation et de formation. Elle a réalisé différentes séances de formation pour les agents éducateurs en Haïti dans le domaine de l’éducation et des droits de l’enfant. Elle a participé à divers programmes de recherche en Haïti et à l’étranger pour l’amélioration de la qualité de l’éducation et a effectué des consultations pour diverses institutions nationales et internationales.

2. RÉSUMÉ DE LA THÈSE DE DOCTORAT

La thèse de la Dre Jean Baptiste consiste à réaliser l’analyse des services éducatifs préscolaires sous l’angle de la qualité et de la qualification

du personnel éducateur/enseignant dans le Sud-Est d’Haïti, en particulier dans quatre écoles publiques et non publiques ou privées du département du Sud-Est en milieu rural et urbain [1]. Elle se veut un apport à l’avancement des connaissances dans le domaine des services éducatifs préscolaires en Haïti. Elle cherche à répondre à la question suivante : Quel est le portrait des services éducatifs préscolaires dans le département du Sud-Est d’Haïti et de la formation du personnel éducateur/enseignant œuvrant dans ce secteur ? La recension des écrits a révélé les perceptions des chercheurs sur la thématique en question, notamment dans les pays développés. Cette recension a fait ressortir des divergences entre les acteurs, dans les comportements à adopter envers les enfants fréquentant les centres éducatifs préscolaires. Plusieurs pays dits développés ont mené des recherches et des études pour améliorer la condition des enfants. Le cadre conceptuel facilite une meilleure compréhension de notre objet de recherche. En effet, nous nous sommes appuyées sur les modèles d’évaluation de la qualité des services éducatifs préscolaires pour mener cette recherche. La recherche s’est également appuyée sur les recommandations du Bilan Innocenti 8 [2] pour donner du sens au discours des administrateurs et administratrices, des conseillers et conseillères pédagogiques, du personnel éducateur/ enseignant et des parents des quatre écoles du département du Sud-Est des milieux rural et urbain d’Haïti. Axée sur l’approche mixte, couramment utilisée dans les recherches en éducation, la démarche de recherche a pris l’option d’aller à la rencontre de ces acteurs en vue de les interroger sur les services éducatifs préscolaires en Haïti. L’analyse des données recueillies auprès des acteurs des centres de services éducatifs préscolaires permet de conclure qu’il existe des services éducatifs préscolaires dans le pays. Toutefois, la qualité de ces services et la formation du personnel éducateur/enseignant pour accueillir les enfants sont de nouvelles pistes sur lesquelles le gouvernement doit capitaliser pour apporter des solutions aux problèmes auxquels se heurtent les centres de services éducatifs préscolaires en Haïti. Cette recherche se veut une contribution dans ce domaine qui est peu documenté en Haïti par les publications scientifiques. Cette thèse offre aussi l’opportunité de réglementer les services éducatifs à la petite enfance et au préscolaire en Haïti. De plus, elle fait émerger plusieurs variables qui pourront être utilisées dans le cadre de recherches futures dans le domaine. Mots clés : services éducatifs préscolaires, formation continue et formation initiale, personnel éducateur/enseignant, qualité des services éducatifs préscolaires, petite enfance, formation de qualité.

3. EXPÉRIENCES PROFESSIONNELLES Dre Magdala Jean Baptiste a entamé des

travaux de recherche en genre et en éducation. Ses activités de recherche ont aussi porté sur les violences dans les zones pauvres en Haïti et sur la formation des adultes, l’éducation et la protection des enfants. Elle a eu des consultations en formation continue des agents éducatifs en Haïti. Elle a participé à l’élaboration du Plan décennal 2020-2030. Elle a également été coordonnatrice de projet, en genre, en nutrition, en hygiène et en éducation. Elle travaille en tant que professeure à l’université. Elle a été enseignante au cycle fondamental et au préscolaire en Haïti. Elle a parcouru la quasi-totalité des départements

du pays pour fournir de la formation et de l’accompagnement aux enseignants et enseignantes, directeurs et directrices d’écoles afin de permettre aux enfants d’avoir une éducation de qualité.

4. MOTIVATIONS À ENTREPRENDRE DES ÉTUDES DOCTORALES À L’ISTEAH Compte tenu

des nombreuses transformations que peut amener la science, il est nécessaire que les femmes donnent leur pleine participation. C’est dans ce sens que Magdala Jean Baptiste a décidé de donner sa contribution en vue de générer des connaissances nouvelles pour l’avancement d’Haïti. Sa motivation lui vient de son père qui croyait à la transformation de l’homme et de la femme par l’éducation. Elle a été témoin des énormes sacrifices consentis par son père pour envoyer ses enfants à l’école. Elle s’est dit que si son père, qui savait à peine lire, connaissait le pouvoir de l’éducation, elle devait travailler à le rendre fier. Elle a été motivée à réaliser son doctorat parce qu’on lui a fait croire que ces études étaient une aventure complexe et exigeante. Elle a eu de la passion, de l’encouragement, du soutien, de l’implication, de l’énergie, de la motivation, de l’apprentissage, des échanges riches, des rencontres extraordinaires, une communauté bienveillante, d’un appui financier, et surtout des personnes qui l’ont guidée et accompagnée. À ce chapitre, le professeur Samuel Pierre, qui croit en la potentialité des femmes, notamment des femmes haïtiennes, a pu, avec ses mots d’encouragements, son ouverture, son encadrement, lui insuffler la motivation indispensable pour parvenir à l’aboutissement de cette recherche. Les responsables académiques et les professeurs de l’ISTEAH, de même que ses collègues étudiants, lui ont donné l’encouragement nécessaire pour la réalisation de sa thèse. Ses directrices de recherche, les professeures Christa Japel et Chantal Ouellet, lui ont accordé leur soutien inconditionnel, ce qui lui a permis d’évoluer dans le parcours au doctorat malgré des moments difficiles, avec l’apparition de la COVID-19 et d’autres problèmes. Leurs rétroactions précises et constructives ainsi que les nombreuses discussions ont permis à ce projet d’évoluer et ont contribué à la persévérance. La motivation de Dre Jean Baptiste réside aussi dans sa passion pour le domaine de l’éducation et son intérêt pour les tout-petits, une passion qui lui a permis d’entamer des études doctorales et de persévérer. Pour maintenir sa motivation, elle a besoin de voir ce qui se passe dans les centres éducatifs préscolaires dans d’autres endroits, surtout au Canada. Différents centres de la petite enfance l’ont accueillie lors de visites guidées effectuées avec une amie, Marjorie Augustin, du GRAHN, qui a planifié ces rencontres lui permettant de tisser des liens étroits entre la recherche et la pratique. Dre Jean Baptiste cherche des pistes pour l’amélioration de la qualité de vie de chaque Haïtien, une qualité de vie qui prend en compte les besoins des personnes, leur manière d’être, la qualité de l’environnement. Il est important de relater que, pendant les périodes coloniales et esclavagistes de 1492-1803, l’accès à l’éducation a été un bien rare, réservé à des filles et fils de colons et, dans quelques cas d’exception, à des enfants esclaves nés d’un père colon. L’idée de garantir l’égalité d’accès pour toutes les filles et pour tous les garçons, quels

que soient le lieu géographique, le milieu social et la situation économique, s’est imposée dès la fondation de la première république noire indépendante du monde colonial et esclavagiste. Le principe de l’éducation pour tous sera imposé comme étant fondamental, universel, dans la quasi-totalité des 23 constitutions et principales lois qui ont été érigées depuis la période de l’indépendance de la République d’Haïti. La dernière Constitution amendée de 1987 réaffirme que l’éducation est une charge de l’État et des collectivités territoriales. Ils doivent mettre l’école gratuitement à la portée de tous et veiller à la formation des enseignants et des enseignantes des secteurs publics et non publics. Une autre motivation de Dre Jean Baptiste est de contribuer à donner une réponse à plus de 1 300 000 enfants en Haïti qui sont dans des situations précaires. La mortalité infantile, qui est de 88 %, est surtout causée par la malnutrition, les maladies infantiles évitables ou guérissables, le manque d’accès aux soins de santé, aux services de base en général et surtout par la pauvreté des familles. Tous ces problèmes ont un impact considérable sur l’éducation des enfants. De plus, elle souhaite prendre en compte le manque de formation appropriée des agents éducatifs en Haïti pour donner des services de qualité aux enfants. Une grande importance est accordée à l’éducation dans les accords nationaux et internationaux et dans beaucoup de pays du monde. Il y a consensus quant à l’importance d’investir tôt, pour favoriser le développement optimal de l’enfant. En dépit des grandes décisions prises par les gouvernements, force est de constater qu’en Haïti, les actions tardent à se concrétiser. Dre Jean Baptiste veut comprendre les raisons de ces retards et apporter des pistes d’amélioration.

6. VALEUR AJOUTÉE DE LA FORMATION DOCTORALE À L’ISTEAH

L’ISTEAH offre une formation holistique aux Haïtiens. La formation reçue nous a appris qu’il n’existe pas de barrières ni de limites pour apprendre et pour devenir une personne responsable dans la société. Il suffit d’avoir de la volonté et de travailler pour se rendre le plus loin possible. La Dre Jean Baptiste est devenue une femme de référence dans sa zone et dans sa communauté. Elle est passée de la petite fille qui circulait dos d’âne à une personne de renom. La petite fille timide qu’elle était est devenue une femme qui pose des questions pertinentes, qui accepte et qui demande la vérité même si cela ne fait pas plaisir à tout le monde. Grâce à cette formation, elle est devenue une vraie leader. La formation de l’ISTEAH nous apprend à écouter les autres, à cultiver l’empathie, à aider les autres à résoudre un problème qui les tracasse. Elle développe chez nous l’esprit d’entraide. Les études doctorales permettent de prendre des initiatives, de ne jamais baisser les bras et de travailler pour un meilleur avenir et une meilleure société. Nous sommes devenus des gens producteurs et responsables. Dans la rue, les gens nous montrent leur fierté et nous prennent comme modèle. Ils veulent nous imiter, devenir comme nous, ils veulent que leurs enfants nous ressemblent en ayant les mêmes parcours académiques que nous. L’ISTEAH nous a appris à faire des choix, à distinguer le vrai du faux, à cultiver la tolérance, à accepter les autres avec leurs défauts et leurs qualités. Nous sommes des conseillers, car notre travail consiste à rendre tout le monde heureux afin de vivre pleinement leur vie.

7. LIEN DE CETTE FORMATION AVEC UNE HAÏTI NOUVELLE

Depuis les périodes coloniales et esclavagistes jusqu’à aujourd’hui, les Haïtiens vivent une situation de misère atroce. Laisser le pays pour aller chercher le pain quotidien dans les pays dits amis ou voisins reste la seule option des jeunes. Il est important de souligner que le droit à l’éducation est un droit fondamental. Aucun droit civil, politique, économique et social ne peut être exercé pleinement par les individus s’ils n’ont pas reçu un minimum d’éducation. L’éducation est un outil fondamental qui contribue à l’autonomisation des peuples. Par contre, tous les enfants d’Haïti n’ont pas accès à une vie adéquate et à une éducation de qualité. Pour certains, rester en Haïti, ce n’est pas vivre, c’est sacrifier leur vie, la vie de leurs enfants et la vie de leur famille. Avec l’ISTEAH, c’est l’inverse, nous devons rester pour apporter les changements nécessaires au pays. C’est un impératif que nous soyons là pour donner notre contribution, malgré qu’Haïti se trouve face à des difficultés énormes pour réaliser les objectifs mondiaux de scolarisation. Ces défis datent de longtemps et s’aggravent de jour en jour. Il est nécessaire de travailler et de lutter pour faire d’Haïti la perle des Antilles qu’elle était avant. On nous a appris à l’ISTEAH que personne ne viendra le faire à notre place. La nouvelle Haïti ne sera réelle qu’avec ses enfants. Partir n’est pas une option pour nous autres en Haïti, nous devons rester pour bâtir l’Haïti que nous voulons. Nous sommes prêts à garantir une nouvelle Haïti. L’ISTEAH nous a appris que nous devons rester ensemble et soudés pour construire l’Haïti de demain. Nous construisons des liens, nous parcourons tout le pays pour dire aux Haïtiens qu’il y a de l’espoir et que nous devons travailler ensemble pour le bien-être d’Haïti et le bien-être de tout le monde. Cette formation nous permettra de partager nos savoirs, nos savoir-être et nos savoir-faire avec les jeunes du pays.

8. CONCLUSION

ET PERSPECTIVES La recherche et les savoirs contribuent à faire évoluer une société. Il est temps qu’Haïti renaisse de ses cendres. Pour y arriver, il faut la participation de tous les Haïtiens à tous les niveaux et là où ils se trouvent. L’ISTEAH se dit prêt pour cette nouvelle Haïti et y travaille en dotant le pays de scientifiques et d’intellectuels de haut calibre. L’ISTEAH a réalisé sa part en offrant aux filles et aux fils d’Haïti une éducation holistique de qualité. En peu de temps, l’ISTEAH a livré au pays des docteurs et des maîtres pour son développement. Haïti doit pouvoir compter sur ses enfants pour se relancer. Nous nous sommes jurés de répliquer la formation reçue de l’ISTEAH à travers le pays et partout. Nous sommes fiers de notre formation. Nous allons contribuer à l’avancement de notre pays. L’ISTEAH est considéré comme une référence en matière de production de connaissances et de recherches en Haïti. Nous invitons tout le monde à venir vivre cette belle aventure pour le changement d’Haïti. Avec les compétences et les savoirs acquis, Haïti pourra avoir une économie florissante et prospère comme avant.

BIBLIOGRAPHIE

1 Jean Baptiste, M. (2023). Analyse des services éducatifs à la petite enfance en Haïti et la formation du personnel éducateur/enseignant. (Thèse de doctorat.) 2 Unicef. (2008). Bilan Innocenti 8.

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