Vol. 9 n° 1 · Témoignage
ISTEAH : un choix pour la nouvelle Haïti
ISTEAH : un choix pour la nouvelle Haïti

Un choix bénéfique qui est passé par une phase de déconstruction pour nous conduire à l’intériorisation des grandes valeurs d’une citoyenneté responsable et transformatrice comme fondement de la nouvelle Haïti.
Résumé. Le souci d’amélioration de nos pratiques professionnelles nous a conduit à un processus d’autoévaluation, de remise en question ou encore de réflexivité. Cette démarche a abouti après plusieurs années dans le monde éducatif haïtien à l’entrée à l’Institut des Sciences, des Technologies et des Études Avancées d’Haïti (ISTEAH). Un choix bénéfique qui est passé par une phase de déconstruction pour nous conduire à l’intériorisation des grandes valeurs d’une citoyenneté responsable et transformatrice comme fondement de la nouvelle Haïti. En effet l’ISTEAH, par la masse critique de professeurs et de cadres bien formés, devient incontournable dans la construction de cette nouvelle Haïti. Mots clés : réflexivité, formation de qualité, ISTEAH, nouvelle Haïti. de répondre aux besoins de perfectionnement afin d’améliorer les pratiques et de renforcer les capacités cognitives au rendement optimal dans le palier d’enseignement choisi. Et le choix a été porté sur l’ISTEAH du fait de la qualité des services et du niveau d’excellence proposés. Ainsi, ce document retrace le parcours académique et professionnel de Rony Francois.
1. INTRODUCTION
L’être humain est multidimensionnel et ne saurait être « réduit à la matérialité, à la physiologie ou à la biologie de son corps. Il est également émotions, sentiments, pensées, réflexions, souvenirs, imaginations, désirs, conscience, etc.1 » à l’opposé des représentations binaires, dualistes qui sont tout aussi problématiques que réductionnistes. Pour les systémiques, le passage à une anthropologie de la complexité devient impératif pour de meilleurs compréhension et respect [1,2]. Ainsi, pour mieux se cerner, quel que soit son rang social ou son âge, il ne cesse de nourrir des rêves, des projets et des désirs représentant des sources d’accomplissement. En ce sens, il se donne régulièrement des défis jugés importants et indispensables à sa réussite tant du point de vue individuel que social tout en s’évaluant progressivement. Ce processus impose une attitude constante d’autoévaluation en vue du développement de compétences réflexives et de la capacité à apprendre de l’expérience [3] avec comme objectif de parfaire ses pratiques. En effet, le monde actuel vit de grands bouleversements où le professionnel se doit de travailler à sa mobilité tant verticale qu’horizontale en vue de son avancement. Dans les sciences sociales, principalement dans l’univers de la sociologie, l’ethnographie [4] et les sciences de l’éducation [5], la remise en question des pratiques en vue d’une amélioration prend le vocable de réflexivité. Dans le cadre de cet article, le concept de réflexivité s’inscrit dans la perspective de Derobertmasure et Dehon [6] qui veulent qu’elle conduise à la professionnalisation et à la capacité de réfléchir délibérément sur ses propres pratiques en vue de résoudre des problèmes [7], c’est-à-dire améliorer ses pratiques [8]. Ainsi, après une carrière d’enseignant et d’administrateur au niveau de la Formation technique et professionnelle (FTP), devant les mutations en cours dans la société en général, les changements observés dans le monde éducatif sous l’influence des TIC et la transformation du marché de l’emploi, la nécessité d’entreprendre des études supérieures de deuxième cycle s’est imposée comme moyen 1.
Saussez, F. et Allal, L. (2007). Réfléchir sur sa pratique : le rôle de l’autoévaluation ?, Mesure et évaluation en éducation, 30(1), 97-124.
2. UN PARCOURS ENGAGÉ VERS LA NOUVELLE HAÏTI
La citoyenneté responsable se manifeste à travers un ensemble de choix conscients qui contribuent à l’avancement de son environnement. La formation personnelle, la culture du travail bien fait et le souci de l’autre sont autant d’éléments à considérer. Ainsi cette section présente la formation académique, le résumé de la thèse de doctorat, les motivations de l’auteur à entreprendre des études doctorales à l’ISTEAH, ainsi que le lien de cette formation avec une Haïti nouvelle.
2.1 Formation académique
Dans les systèmes éducatifs où la fonction d’orientation académique est inexistante, il n’est pas permis aux apprenants d’avoir le parcours adéquat qui tient compte des talents et aptitudes [9], les premiers choix constituent des pis-aller plutôt que des volontés réelles et définitives. Ce parcours académique entre dans ces catégories et se révèle véritablement complexe puisqu’entamé en génie civil pour se terminer en sciences de l’éducation en passant par l’anthropologie et la gestion. En effet, la première formation universitaire reçue a été le Génie civil à l’Institut Supérieur Technique d’Haïti (ISTH), formation sanctionnée par un diplôme de licence en 1984. Cinq ans plus tard, un diplôme en anthropologie a été obtenu à la Faculté d’Ethnologie de l’Université d’État d’Haïti pour être enrichi plus tard par une licence en Gestion des Affaires à l’Université de Port-au-Prince (UP). En 2013, l’Université Laval, à travers l’Université autonome de Port-au-Prince, nous a permis de décrocher, dans un premier temps, un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en Sciences de l’éducation,
puis une maîtrise dans la même concentration en 2014. L’initiative d’entreprendre des études en Sciences de l’éducation s’inscrivait à l’intérieur d’une démarche réflexive qui visait l’amélioration de nos pratiques tant en qualité d’enseignant que de directeur général d’un centre de formation technique et professionnel, le CETEMOH. Ce voyage entamé dans le monde de la science nous a poussé à être de la première promotion de l’ISTEAH, car le discours tenu par les dirigeants rencontrait nos soucis et nos projets de perfectionnement au point de devenir la voie pour atteindre nos nouveaux objectifs d’amélioration personnelle et professionnelle. De là, nous sommes sortis avec un diplôme de doctorat en 2021 dans le domaine des Sciences de l’éducation, option Formation à distance (FAD) et e-learning après la soutenance de notre thèse dont le résumé est présenté ci-après. Cet institut continue de nous encadrer, à travers le Centre de Recherche en Éducation et Gouvernance (CREG), afin d’assumer pleinement le statut d’enseignant-chercheur au point de devenir membre de la CONASTI en 2022 et vice-recteur et coordonnateur du programme de maîtrise à l’UNASMOH.
2.2 Résumé de la thèse de doctorat
Depuis plus de quatre décennies, Haïti annonçait des réformes importantes dans son système éducatif, dont le virage numérique, afin de répondre aux besoins de la société en général [10,11], et lutter contre la pauvreté absolue et chronique [12], mais les résultats sont loin d’être satisfaisants [13,14]. De ce fait, la FTP conçue pour répondre aux besoins directs du marché de l’emploi en mutation sous la pression des TIC [15] souffre d’un grave problème d’employabilité et tarde à emboîter le pas au même rythme [16,17,18] obligeant le pays à importer de la maind’œuvre pour des disciplines et niveaux offerts. Les pronostics laissent présager qu’une intégration réussie (systémique) des TIC pourrait aboutir à l’arrimage de la FTP aux besoins du marché de l’emploi [19]. D’où l’importance d’investiguer sur le lien existant entre les TIC et l’arrimage de la FTP aux besoins du marché de l’emploi en Haïti, à partir de la thèse intitulée : Technologies de l’information et de la communication et modèle d’arrimage de la formation technique et professionnelle aux besoins du marché de l’emploi en Haïti. À partir d’une méthodologie mixte de type séquentiel explicatif, une enquête a été menée auprès de 174 acteurs internes de la FTP sélectionnés dans 32 centres de formation. Des entrevues individuelles ont été réalisées avec cinq agents travaillant dans l’insertion professionnelle des diplômés. Les résultats montrent que la FTP est discriminée par rapport aux autres paliers du système éducatif haïtien, et que le profil socio-technologique des acteurs devient un facteur important d’une intégration réussie des TIC dans une perspective d’arrimage aux besoins du marché de l’emploi. Par ailleurs, d’autres facteurs considérés comme favorables ont été identifiés : les compétences numériques et les représentations sociales des acteurs internes des TIC et l’existence d’un plan stratégique d’action au niveau des centres relatif à l’intégration des TIC inscrit à l’intérieur de la politique publique de transformation numérique de l’éducation.
Ces facteurs sont tributaires de la reconfiguration du marché de l’emploi qui fournit les objectifs à atteindre par les Centres de Formation Technique et professionnel CFTP en vue de satisfaire les exigences d’arrimage à travers les programmes de formation à monter. La dynamique socio-économique réclame constamment des compétences nouvelles et les CFTP ne sont pas épargnés par cette réalité et qu’ils se doivent d’adresser, en utilisant les méthodes pédagogiques appropriées, le savoir-être imposé par la culture numérique et la société du savoir. En outre, la FTP repose essentiellement sur les travaux pratiques avec les laboratoires et ateliers équipés qui sont incontournables pour la formation technique en vue de répondre aux besoins du marché du travail. De telles exigences peuvent être compensées par des outils virtuels qui constituent un facteur important d’une intégration réussie des TIC dans la FTP. En un mot, les éléments qui constituent les facteurs d’une intégration des TIC existent en théorie, mais faute d’une bonne gouvernance et d’une culture de résultats, ils ne sont pas appliqués. De là, un modèle systémique d’intégration des TIC a été proposé en vue de faciliter l’arrimage de la FTP aux besoins du marché de l’emploi. Ce modèle systémique d’arrimage basé sur les TIC prend en compte le rendement tant interne qu’externe de la FTP dans un contexte de pays pauvre marqué par un développement numérique anarchique entraînant de grandes fractures entre les différentes couches de la population. En réponse, les TIC seront utilisées à toutes les phases d’opérationnalisation du modèle qui se décline en cinq étapes ou phases : adoption, appropriation, matérialisation, évaluation et suivi, d’où le nom de AAMES. Ce travail de recherche se situe à la rencontre de trois grandes compétences : sociale, économique et scientifique. Donc, cette thèse s’aligne sur cette réflexion de l’OCDE : « L’essor de la société du savoir et l’omniprésence des technologies constituent un enjeu majeur pour l’éducation, tant au point de vue des difficultés que des possibilités2. »
2.3 Expérience professionnelle
Rony François a commencé sa carrière comme professeur dans des écoles secondaires à Port-au-Prince au début des années 1980. Quelques années plus tard, soit en octobre 1984, il a intégré les rangs de l’Office National d’Assurance-Vieillesse (ONA). Après un court passage au cabinet privé du Ministre des Affaires Sociales et du Travail (MAST) en 1996, il est devenu directeur de l’Office National de l’Artisanat (ONART), tout en offrant ses services comme professeur dans divers centres universitaires de Port-au-Prince. Depuis plus de 15 ans, il siège au conseil d’administration de la Caisse Populaire de Sainte-Anne de Port-au-Prince (CPSA) à titre de président. En un mot, c’est une carrière professionnelle partagée entre les secteurs de la culture, de l’éducation, de la protection sociale et de l’économie sociale et solidaire. Aujourd’hui, Rony Francois occupe le poste de coordonnateur national de l’Unité de Gestion de Projet du MAST (UGP-MAST) qui assure la gestion stratégique du Projet de Protection Sociale Adaptative pour une Résilience Accrue (PSARA/Klere Chimen). Diplômé de l’ISTEAH, 2.
Casimir, J. (2008). Haïti et ses élites : L’interminable dialogue de sourds, Worlds & Knowledges Otherwise, p. 1-27.
docteur en éducation (formation à distance et e-learning), il est membre du CREG. Ses intérêts scientifiques portent sur l’intégration des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le sous-secteur de la formation technique et professionnelle (FTP) en Haïti.
2.4 Motivation à entreprendre des études
doctorales à l’ISTEAH Le système universitaire haïtien existe depuis près de deux siècles sans pour autant apporter les contributions espérées, ni les innovations [20], au point de nécessiter des interventions urgentes pour sa modernisation. Le constat est tangible, si l’on se réfère à Moreau [21], qui avance que la grande carence dont souffre le pays en termes de ressources humaines qualifiées susceptibles de participer effectivement à son relèvement, à son progrès est imputable à l’enseignement supérieur. Dès lors, entreprendre des études supérieures en Haïti devient un acte bien pensé qui s’inscrit dans un projet d’amélioration de ses capacités intrinsèques et pratiques professionnelles. L’analyse de l’environnement universitaire haïtien exige qu’on se demande en quoi l’ISTEAH se différencie des autres institutions de formation supérieure au point d’offrir un enseignement de qualité. Ainsi, les critères suivants constituent des motifs indiscutables pour entreprendre des études doctorales à l’ISTEAH.
2.4.1 Une institution qui répond aux priorités de l’heure Les sociétés
modernes ne peuvent pas se passer des services éducatifs qui leur fournissent les ressources humaines capables de garantir leur développement à travers le temps. L’atteinte de ces objectifs passe par des dispositions appropriées pour que les systèmes éducatifs puissent répondre adéquatement aux besoins des citoyens et de la société toujours en constante permutation [22]. Cette réflexion rencontre celles des économistes [23] qui expliquent qu’une stratégie éducative doit tenir compte du niveau de développement d’un pays. Haïti est considérée comme le pays le plus pauvre du continent, ce qui traduit l’échec de son élite, principalement l’élite intellectuelle qui mérite aujourd’hui d’être renouvelée [24, 25]. Ainsi, l’ISTEAH devient l’impératif de l’heure, étant donné sa mission de former une nouvelle génération de scientifiques et d’enseignants universitaires, imprégnés des valeurs citoyennes, et préparés à exercer un leadership inspirant dans le développement socio-économique du pays.
2.4.2 Une initiative haïtienne à rayonnement international Par nature, les
universités portent à l’universel et ne peuvent fonctionner en vase clos sans des échanges entres elles. Les connaissances détenues et développées appartiennent à l’humanité. Elles doivent être partagées et augmentées par un effort commun [26]. L’ISTEAH s’inscrit dans cette perspective pour rendre la formation offerte internationalement compétitive tout en travaillant sur des problématiques de développement aux échelles locale, nationale et régionale. Cet objectif est atteint grâce à des liens forts entretenus avec l’international et des partenariats qui facilitent la mobilité et les stages en faveur de ses étudiants. Ces choix s’étendent également vers l’enseignement et la recherche : l’ISTEAH dispose actuellement
de plus de « 210 professeurs associés de calibre international et offre 40 programmes de formation de 2e et 3e cycles universitaires ainsi que des programmes de licence en sciences et de diplôme d’ingénieur3 ».
2.4.3 La recherche et le progrès socio-économique Les universités s’adonnent
fondamentalement à deux grandes activités : l’enseignement et la recherche. Pourtant, la seconde souffre d’un grand déficit dans l’environnement haïtien. S’inscrivant dans un paradigme innovant et futuriste, l’ISTEAH mène d’intenses activités de recherche qui se dirigent vers la résolution des problèmes du pays selon une approche multidisciplinaire et holistique à travers sept centres de recherche. Cependant, les résultats des travaux de recherche réalisés par ces centres sont mis à profit d’une matière pratique dans des entreprises et autres formes d’organisations de développement social œuvrant dans le monde, qui sont au nombre de cinq. De plus, toutes les activités de l’Institut sont soutenues par l’Association des Étudiants et Étudiantes de l’ISTEAH (AEE-ISTEAH) et l’Association des Diplômés et Diplômées de l’ISTEAH (ADD-ISTEAH). Ces structures sont aussi des lieux de développement des capacités de leadership, d’entraide, de solidarité et de mutualité dont la principale expression est le forum du dimanche qui fait partie de la valeur ajoutée à la formation offerte.
2.5 Valeur ajoutée de la formation doctorale à l’ISTEAH
L’économie et la société actuelles manifestent une dépendance entière par rapport aux technologies numériques qui doivent être utilisées efficacement pour contribuer à la création de valeur et à la croissance de la productivité imposant aux systèmes éducatifs et de formation de produire des ressources humaines avec un niveau de savoir-être élevé. L’ISTEAH s’aligne sur les compétences du 21e siècle qui sont associées au développement cognitif, intrapersonnel et interpersonnel. Ce choix lui permet d’offrir un programme capable d’aboutir au développement intégral de l’être humain tel que proposé par Emmanuel Kant qui veut que le but de l’éducation soit de développer dans chaque individu toute la perfection dont il est susceptible. Porter au point le plus élevé qui puisse être atteint toutes les puissances qui sont en nous, les réaliser aussi complètement que possible, mais sans qu’elles puissent nuire les unes aux autres [27]. En un mot, la formation à l’ISTEAH passe par une déconstruction des mauvaises mentalités en vue de la promotion de nouvelles valeurs comme fondements d’une humanité progressiste. En effet, la formation doctorale à l’ISTEAH, sinon la formation à l’ISTEAH, est d’un apport extraordinaire dans la construction du nouvel être haïtien, en ce sens qu’elle permet : • le renforcement de l’éthique professionnelle et le développement d’une grande capacité d’autoévaluation permanente, ce qui exige la prise en compte morale dans toutes les activités et du positionnement de l’acte professionnel dans le champ de 3.
Pierre, S. (2019). Construire une Haïti nouvelle, dans Construction d’une Haïti nouvelle : vision et contribution du GRAHN, Montréal : Presses internationales Polytechnique, p. 1-50.
la pratique spécifique de la profession principalement dans le domaine éducatif fortement assujetti à un niveau élevé d’autoréflexivité ; • le développement des capacités de travailler en équipe tout en ayant un leadership participatif et démocratique et en cultivant le devoir de rendre compte ; • le développement de l’humilité épistémique (scientifique) qui réfère à l’intégrité scientifique, sous forme de doute, de capacité de remise en cause permanente par la reconnaissance de l’incomplétude de son savoir, de sa qualité d’être toujours révisable ; • le renforcement des valeurs citoyennes, la civilité, le civisme, la solidarité, l’intégrité, le patriotisme, la tolérance, la paix, la sauvegarde de l’intérêt général, le savoir-vivre collectif, le respect du bien public et les bonnes mœurs ; • le souci de l’excellence et la satisfaction du travail bien fait ; • la compréhension des défis et enjeux de la société numérique afin de les transformer en opportunités en vue d’une Haïti nouvelle. Il est assez difficile d’énumérer tous les éléments motivateurs quant au choix d’une institution pour entreprendre des études doctorales. Cet acte répond à des besoins individuels bien précis et est fonction des projets tant personnels que professionnels. Toutefois, pour les auteurs Taskin, Rousseau et Desmarets : « une formation rapporte de la valeur ajoutée quand son programme de recherche contribue à l’avancement des connaissances (pertinence scientifique) ; au développement social, culturel, économique et durable de la société (pertinence sociale ou socioéconomique) et inscrit dans les objectifs et les priorités institutionnelles de l’Université (pertinence institutionnelle)4. » Toutefois, il est clair qu’en fonction des critères cités plus haut, l’ISTEAH représente un choix idéal capable de nous conduire au cœur de la société du 21e siècle en général et à la nouvelle Haïti en particulier.
2.6 Lien de cette formation avec une Haïti nouvelle
Après le tremblement de terre de 2010, le Groupe de recherche et d’action pour une Haïti nouvelle (GRAHN) a cerné la problématique haïtienne en identifiant un certain nombre de défis fondamentaux auxquels le pays fait face. Depuis, la situation s’est aggravée par le développement d’un climat d’instabilité politique et d’insécurité généralisée au point d’aboutir à l’assassinat d’un président au pouvoir. Le constat est évident et la descente aux enfers doit être freinée par la mise en place d’un projet de reconstruction ou de refondation du pays à travers « l’aménagement du territoire et l’environnement, le développement économique et la création d’emplois, les infrastructures nationales, la reconstruction de l’État et la gouvernance, la santé publique et la population, la solidarité et le développement social, le système éducatif haïtien, le patrimoine et la culture, les interventions urgentes et posturgentes, la planification globale et le financement5 ». 4.
Taskin, L., Rousseau, A. et Desmarets, M. (2015). La valeur ajoutée des formations en leadership et aptitudes commerciales : rapport théorique. Louvain : Chaire laboRH en Management Humain et Transformations du Travail.
Pierre, S. (2019). Construire une Haïti nouvelle, dans Construction d’une Haïti nouvelle : vision et contribution du GRAHN, Montréal : Presses internationales Polytechnique, p. 1-50.
Ce pari ne peut être gagné sans disposer d’une masse critique de cadres bien formés conscients de leur rôle d’avant-gardistes. Dès lors, l’éducation devient la pierre angulaire de la reconstruction et l’ISTEAH se dresse comme un modèle incontournable. En effet, l’Haïti nouvelle tant souhaitée ne pourra émerger sans de véritables efforts d’assurer à la population tout entière une éducation de qualité qui installe les compétences (connaissances et savoir-faire) indispensables, à la fois, au développement de sa personnalité propre et à celui de la société dans laquelle elle vit. La nouvelle Haïti aura besoin de citoyens qui soient à même de participer en tant qu’acteurs à la vie économique, sociale, politique et culturelle de leur pays. En analysant le programme dans son ensemble aussi bien que le contenu et les objectifs de certains cours, il est clair que l’ISTEAH se place au cœur de la nouvelle Haïti pour y jouer un rôle de premier plan. Du nombre, on peut citer « les problèmes contemporains d’Haïti, science, citoyenneté et leadership, évolution historique d’Haïti, Haïti dans l’histoire de l’Humanité, la science dans la pensée haïtienne, femmes et sciences, etc.6 ». Ils visent à permettre à l’étudiant.e : i) d’approfondir ses connaissances des problèmes fondamentaux auxquels le pays fait face et des interrelations qui existent entre ces problèmes, ii) de comprendre l’importance grandissante des sciences et des technologies dans l’évolution de nos sociétés afin de jouer pleinement son rôle de citoyen responsable, iii) de situer la science dans la pensée haïtienne à travers les préoccupations et les œuvres des scientifiques ; iv) d’approfondir ses connaissances sur la place qu’occupe Haïti dans l’histoire de l’humanité dans la perspective d’une meilleure compréhension des relations qu’entretient Haïti avec les autres pays ; v) d’approfondir ses connaissances de l’histoire d’Haïti dans la perspective d’une appropriation critique de l’évolution sociopolitique en lien avec le concept d’Haïti nouvelle. Au bout de ces formations, l’étudiant.e est à même de proposer des pistes de solution aux problèmes fondamentaux du pays selon une approche holistique imprégnée des revendications de justice sociale, d’état de droit, d’éducation, de mieux-être économique persistantes au cours des dernières décennies et à proposer des pistes de solutions à celles-ci, ce qui lui permet de comprendre l’importance de la culture scientifique du citoyen comme moyen pour participer pleinement aux débats de société sur le développement des technologies.
3. CONCLUSION
ET PERSPECTIVES Ramos s’est posé tout un ensemble de questions sur la situation actuelle d’Haïti qui est « passée : de la perle des Antilles » à être aujourd’hui « parmi les pays les plus pauvres de la planète ; du premier pays indépendant de l’Amérique latine à un pays sous tutelle ; de vainqueur de l’armée de Napoléon à l’incapacité d’organiser par soi-même sa police7 ». La réponse est qu’il faut plus de femmes et d’hommes formés et capables de se hisser à la hauteur de leurs responsabilités de leader pour construire une nation dans toute 6.
Annuaire des cours à l’ISTEAH, 2015
Ramos, V. C. (2010, mars). Haïti – Les enjeux cachés de la tragédie : domination versus autodétermination, DIAL, Revue mensuelle en ligne.
l’acception du terme. Ainsi, l’Haïti de demain doit être une « société démocratique, ouverte, inclusive, beaucoup moins inégalitaire, dont le développement s’appuie sur l’éducation à tous les niveaux et sous toutes les formes, capable à terme de se prendre en main dans la dignité que procurent le travail et l’emploi8 ». Ce choix doit s’inscrire à l’intérieur d’un projet de société qui fait de la science une stratégie incontournable afin de « permettre au pays de faire un saut qualitatif dans la modernité, en favorisant la décentralisation et l’amélioration de la qualité du milieu sur tout le territoire national9 ». De nos jours, on assiste à un grave exode des cerveaux qui enlève unilatéralement au pays les meilleurs techniciens et cadres qu’il a formés, d’où la nécessité d’un renouvellement bien pensé et de qualité. Cette tâche revient à l’ISTEAH qui en fait un objectif incontournable afin de disposer d’un bassin de compétences réflexives capables de former des leaders transformatifs qui acceptent de rester dans le pays afin de travailler à son développement. Ce travail de transformation de l’homme s’est réalisé grâce à une masse critique d’enseignants et de cadres nationaux et internationaux, des gens extraordinaires qui n’ont jamais ménagé leurs efforts pour offrir un service de qualité aux étudiants. Ils sont chaudement remerciés et leur apport à cette noble œuvre est considéré comme une dette à leur endroit qui sera remboursée aux plus vulnérables de ce pays. Un grand merci aux dirigeants du GRAHN pour ce trésor que nous comptons garder précieusement jusqu’aux portes de la nouvelle Haïti et transmettre aux générations futures. Un merci spécial aux docteurs Samuel Pierre, Frantz Etzer et Charles Tardieu pour leur accompagnement dans la réalisation de notre thèse. Enfin, merci à l’ISTEAH de nous avoir mis en contact avec des condisciples qui sont des personnages extraordinaires au point de constituer des membres à part entière de notre famille. Nous nous inclinons par-devant cette belle leçon de vie et d’histoire basée sur la franche camaraderie, l’entraide, la sincérité, la spontanéité et le bien-être commun. Autant nous sommes fier de notre Institut, autant nous le sommes de nos condisciples Ary, Waldeck, Omilty, Jacques, Judson, Ricot, Cleresia, Jean-Michel, Aky, Ernst, Fania, Magdala et Fombrun. Quant à Harold, aucun mot ne peut traduire l’énorme considération de toute ma famille à son égard. Ensemble, continuons à apporter notre contribution dans la construction de la nouvelle Haïti en mettant à profit ce que l’ISTEAH nous a offert.
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OCDE (2018), Perspectives de l’économie numérique de l’OCDE 2017. Paris : Éditions OCDE, p. 9.
Idem.
27 Pierre, D. (2013). Note de cours Administration Scolaire, Ul-UNAO.
