Vol. 9 n° 1 · Témoignage

Impacts de la formation universitaire reçue à l’ISTEAH sur mon cheminement professionnel

Impacts de la formation universitaire

Première page — Irvings JULIEN

Cependant, cette massification ne traduit pas l’accès à une formation universitaire au niveau des trois cycles (licence, maîtrise et doctorat) de qualité.

du pays. Il se donnait pour mission de former des scientifiques, des professionnels et des cadres responsables en visant rigueur, compétences et excellence.

1. INTRODUCTION

Depuis environ dix années, l’enseignement supérieur en Haïti est en pleine mutation. Nous assistons à une prolifération grandissante des universités, des facultés dans les grandes villes du pays. Cependant, cette massification ne traduit pas l’accès à une formation universitaire au niveau des trois cycles (licence, maîtrise et doctorat) de qualité. La majorité des 178 institutions universitaires reconnues par le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) et celles qui fonctionnent sans avoir une autorisation offrent une formation conduisant à l’obtention d’un diplôme de licence [1]. Rappelons qu’en grande partie, les étudiants n’arrivent pas à décrocher ce diplôme parce qu’ils ne peuvent pas produire le mémoire exigé au premier cycle universitaire en Haïti [2]. De toutes ces institutions, quelquesunes offrent un ou des programmes de maîtrise et de doctorat. L’enseignement supérieur en Haïti fait face à de nombreux défis. Dans la plupart des universités, les professeurs n’ont pas un niveau de formation supérieur au cycle qu’ils enseignent. Le corps professoral est constitué majoritairement de licenciés et de maîtres (avec une maîtrise). Une part très faible de personnes détient un diplôme de doctorat. La pénurie de ressources humaines qualifiées et compétentes [2] est l’une des contraintes des institutions d’enseignement supérieur en Haïti. Il faut mentionner aussi la pénurie de matériel et d’infrastructures physiques adéquates au sein des institutions, en plus du faible nombre de productions scientifiques. D’ailleurs, rares sont les universités qui possèdent un espace approprié pour la documentation (physique ou virtuelle) fournissant la possibilité aux étudiants et aux professeurs de pratiquer la recherche documentaire et scientifique. Très peu fonctionnent avec une connexion à Internet fiable. Concernant les programmes de formation, la situation est encore pire. Les programmes officiels sont presque inexistants, les descriptifs, les compétences et les contenus des cours ne sont toujours pas accessibles aux étudiants et aux professeurs. Il n’y a pas d’organe ou d’entité qui se charge systématiquement de l’évaluation, de la validité et du respect des plans de cours. C’est dans ce contexte que l’Institut des Sciences, des Technologies et des Études Avancées d’Haïti (ISTEAH) a vu le jour en 2013. Il avait pour objectif de décentraliser la formation universitaire aux 2e et 3e cycles tout en offrant des programmes répondant aux besoins

Étant parmi les premiers bénéficiaires de la formation doctorale à l’ISTEAH, dans les sections suivantes, je fais une brève description de ma formation académique. Le résumé de ma thèse ainsi que mes expériences professionnelles avant et après l’obtention du diplôme de doctorat sont présentés. J’explicite mes motivations à entreprendre une étude doctorale à l’ISTEAH, la valeur ajoutée de cette formation, le lien de cette formation avec une Haïti nouvelle. Enfin, je présente une conclusion suivie de perspectives.

2. FORMATION ACADÉMIQUE

Avant mon admission au programme de maîtrise en 2013 à l’ISTEAH, j’avais obtenu un diplôme de baccalauréat en enseignement au secondaire, profil sciences et technologie au grade de bachelier en éducation (B. Éd.). Il a été délivré par l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada) dans le cadre d’un programme délocalisé à la FERA. En 2016, après trois années d’études à l’ISTEAH, j’ai décroché mon diplôme de maîtrise en sciences de l’éducation, option chimie, associé au grade de maître ès sciences (M. Sc.). Je n’ai pas arrêté en chemin. Malgré mon statut d’étudiant, de père de famille, d’enseignant à l’école secondaire et à l’université, j’ai décidé de poursuivre au doctorat. En 2020, dans le contexte de la pandémie de COVID-19, j’ai pu obtenir mon diplôme de doctorat à l’ISTEAH dans le domaine de la didactique des sciences au primaire. De plus, j’ai pu bénéficier de stages de recherche dans deux universités (Université du Québec à Montréal [UQAM] et Université du Québec à Trois-Rivières [UQTR]) et de formations spécialisées avec l’Université de Sherbrooke en accompagnement et supervision de stage. Ce sont des valeurs ajoutées à mon parcours académique. Le grade de philosophiae doctor (Ph. D.) m’a été conféré par l’ISTEAH après une période de formation conduisant à la préparation et à la soutenance de ma thèse doctorale. J’en ai rédigé une bonne partie de 2019 à 2020 dans une situation spéciale – le début de la pandémie de COVID-19 – loin de ma famille et en dehors d’Haïti.

Même si cette situation était particulièrement difficile, ces efforts ont porté leurs fruits. Dans la section qui suit, je présente le résumé de la thèse.

3. RÉSUMÉ DE LA THÈSE

Depuis des décennies, on porte plus que jamais un grand intérêt aux problématiques liées à l’enseignement de la science et de la technologie (S&T). La formation inadaptée des enseignants serait l’une des principales causes affectant la qualité du processus d’enseignement et d’apprentissage de S&T. Ainsi, depuis les années 1970, les recherches portant sur la réorganisation des contenus, sur la durée des programmes, sur les méthodes d’enseignement et sur les institutions responsables de la formation initiale des enseignements du fondamental en S&T ne cessent de se multiplier. Cette recherche s’inscrit dans les préoccupations récentes vis-àvis de la formation initiale des enseignants en S&T au primaire. Comprendre les enjeux de la place de la S&T dans la formation initiale des enseignants du fondamental soulève des interrogations au sein des systèmes éducatifs. L’étude s’est basée sur des entrevues individuelles semi-dirigées réalisées auprès de 14 participants, dont dix enseignants des premier et deuxième cycles du fondamental et quatre formateurs des Écoles Normales d’Instituteurs (ENI) et des Centre de Formation pour l’École Fondamentale (CFEF) des départements du Nord et du Nord-Est d’Haïti. Au moment de la collecte de données, les enseignants étaient tous titulaires d’une classe au primaire depuis plus de huit ans et les formateurs étaient tous en fonction. L’étude cherchait principalement à analyser et à comprendre la place accordée à la S&T dans la formation initiale des enseignants des deux premiers cycles de l’enseignement fondamental en contexte haïtien. Dans une méthodologie de type qualitatif et de nature exploratoire, outre les entrevues semi-dirigées, j’ai utilisé le journal de bord comme deuxième outil de collecte de données. Les entrevues portaient sur : • les programmes de sciences en vigueur dans la formation initiale des enseignants au sein des ENI et des CFEF ;

en Haïti se compose de cinq concepts fondamentaux. Il s’agit des concepts issus de la recherche en didactique comme la transposition didactique, les conceptions initiales des élèves, le contrat didactique et la démarche d’investigation. Il y a par ailleurs la formation initiale que nous avons décrite dans quatre systèmes éducatifs différents. Ces concepts étaient utilisés comme cadre d’analyse. Les résultats de cette étude montrent d’une part que la S&T occupe une place de second rang, de matière non prioritaire dans la formation initiale des enseignants du fondamental haïtien. Très peu de temps et de place est accordé à la S&T dans la formation initiale des enseignants. Le peu de modules disponibles est dispensé de manière très théorique par des formateurs généralistes plutôt que par des experts dans le domaine. Les résultats révèlent l’existence d’un lien entre les lacunes dans cette formation initiale et la manière d’enseigner la S&T dans les écoles fondamentales, menant à la démotivation des répondants pour l’enseignement et l’apprentissage théorique et abstrait de la S&T. Les démarches d’investigation scientifique, qui font partie du programme, ne sont pas bien intégrées au cours de la formation initiale des enseignants. L’enseignement de la S&T se fait par la transmission et la mémorisation des contenus. Parlant des contenus, les résultats montrent que les formateurs d’enseignants ne travaillent que ceux du manuel de l’élève du fondamental. Ils révèlent trois obstacles clés à l’enseignement de la S&T : la mauvaise qualité de la formation initiale dans les ENI et les CFEF, le manque de matériel didactique et pédagogique, et la difficulté qu’éprouvent les formateurs et les enseignants à travailler pour faire évoluer les conceptions initiales. Les résultats de cette étude démontrent l’insuffisance et l’absence d’activités expérimentales en milieu de formation. Les répondants soulignent l’absence de laboratoires bien équipés comme obstacle à la réalisation d’activités pratiques dans les classes de S&T. Ils établissent en outre l’existence d’une variabilité de programmes de S&T en vigueur et une faiblesse au niveau de la formation initiale des enseignants du fondamental en science et technologie.

• les contenus privilégiés dans la formation initiale des enseignants des premier et deuxième cycles du fondamental haïtien ;

Malgré les limites identifiées, cette recherche nous permet d’identifier plusieurs pistes pour d’autres recherches dans le domaine de la formation initiale des enseignants haïtiens, plus particulièrement dans l’enseignement de S&T au niveau fondamental, telles :

• la place accordée au programme de S&T (sciences expérimentales) en milieu de formation initiale des enseignants des 1er et 2e cycles du fondamental haïtien ;

• l’étude de l’impact d’un dispositif de formation pratique sur le développement professionnel des enseignants du fondamental I et II ;

• les démarches utilisées pour enseigner les sciences expérimentales en milieu de formation initiale des 1er et 2e cycles du fondamental haïtien ;

• l’analyse de l’axe de tension des contenus des programmes de sciences expérimentales en milieu de formation initiale du fondamental I et II en Haïti.

• les obstacles rencontrés dans l’enseignement de la S&T en milieu de formation initiale et dans les écoles.

Les mots clés de cette recherche sont : science et technologie, didactique de science et technologie, sciences expérimentales, formation initiale des enseignants du fondamental en Haïti.

Quant au journal de bord, il était employé pour noter, pour chacune des entrevues réalisées, les dates, les lieux, le code du participant et les contraintes rencontrées sur le terrain. Le cadre conceptuel retenu pour comprendre la place de la didactique de la S&T dans la formation initiale des enseignants du primaire

Cette thèse influence mon cheminement comme chercheur. Elle m’a ouvert la porte à d’autres opportunités personnelles et professionnelles. La prochaine section fait un survol de mes expériences professionnelles.

4. EXPÉRIENCES PROFESSIONNELLES

5.1 Pourquoi l’ISTEAH

?

Depuis 2007, j’ai occupé plusieurs postes d’enseignant de sciences au secondaire, de professeur d’université et de cadre en Haïti. Je fais depuis l’automne 2022 de nouvelles expériences en contexte d’enseignement universitaire étranger. Voici un résumé de mes principales expériences professionnelles.

Premièrement, c’est l’une des institutions universitaires qui disposent de toute une pluralité de personnes-ressources hautement qualifiées et expérimentées dans le domaine de l’enseignement supérieur. Cela permet d’évoluer auprès de gens qui comprennent la complexité de la recherche scientifique. En vous inscrivant à l’ISTEAH, vous aurez l’occasion de devenir un vrai chercheur à côté de directeurs de recherche rigoureux, compréhensifs, exigeants, dynamiques, ouverts et disponibles. Ces valeurs, à force de côtoyer vos directeurs, vous seront transmises sans même vous en rendre compte.

• 2022 à aujourd’hui : Chargé de cours de fondement de l’enseignement et de didactique de science et technologie. • 2021-2022 : Doyen de faculté. • 2020 à 2023 : Membre de plusieurs équipes de recherche, de projets (coach, chercheur, responsable des activités scientifiques, coordonnateur principal) de thématiques diverses en Haïti et ailleurs. • 2016-2023 : Concepteur/Animateur des programmes de formation continue (développement professionnel) des enseignants du primaire et du secondaire haïtien en didactique de sciences et technologie. • 2013 à 2022 : Chargé de cours et professeur titulaire dans plusieurs universités et facultés haïtiennes. • 2016 à 2021 : Responsable de programme de science et technologie/registraire. • 2016 à 2022 : Responsable de formation en milieu pratique/stage. • 2007 à 2022 : Enseignant et coordonnateur de programmes de sciences dans plusieurs institutions d’enseignement secondaire en Haïti.

Deuxièmement, les chercheurs s’interconnectent. Il vous sera impossible d’être un vrai chercheur scientifique dans l’isolement. L’ISTEAH vous offre cette ouverture. Vous êtes en contact avec des chercheurs de nationalités, d’expertises et de générations différentes. Cette ouverture sur le monde vous donnera l’occasion d’échanger avec d’autres qui sont débutants ou expérimentés dans la recherche. Vous allez évoluer dans une atmosphère où le travail d’équipe et l’apprentissage collaboratif sont enseignés et appliqués. Troisièmement, la qualité de la formation et la valeur du diplôme sont deux paramètres à prendre en considération avant de choisir une institution. Les diplômés de l’ISTEAH font déjà leurs preuves sur le marché du travail et dans le domaine de la recherche. Votre qualification sera en adéquation avec votre compétence. Quatrièmement, l’ISTEAH vous permet d’entreprendre vos études doctorales tout en restant dans votre région, avec votre famille et en gardant votre emploi, si c’est ce que vous souhaitez. C’est une opportunité unique possible grâce aux différents sites de formation dont il dispose.

Ces expériences professionnelles m’ont permis d’acquérir des connaissances et de développer de nouvelles compétences dans l’enseignement secondaire et universitaire, en contexte haïtien et ailleurs. J’ai déjà travaillé dans divers types d’institutions (publiques, privées, congréganistes et protestantes). La formation reçue à l’ISTEAH m’a été très utile. Je ne regrette pas d’avoir fréquenté une telle institution. Dans les prochains paragraphes, je décris pourquoi il est important de choisir l’ISTEAH pour des études doctorales.

En choisissant l’ISTEAH, vous ne serez pas dans une institution universitaire où tout est parfait, loin de là. Cependant, vous serez dans une institution qui sait identifier les problèmes, qui cherche des pistes de solutions et qui apprend de ses erreurs pour mieux vous préparer à affronter l’avenir. Vous recevrez une formation à la recherche et par la recherche.

5. MOTIVATION À ENTREPRENDRE DES ÉTUDES

DOCTORALES À L’ISTEAH

Je présente dans ce qui suit la valeur ajoutée de la formation doctorale à l’ISTEAH.

La réalisation d’une étude doctorale est avant tout un choix personnel. Cependant, sa réussite dépend de plusieurs facteurs comme la motivation intrinsèque de l’étudiant, sa capacité intellectuelle, son entourage, la qualité de l’encadrement mis à sa disposition, l’accompagnement soutenu de ses directeurs de recherche, la disponibilité des personnes-ressources, des ressources documentaires, d’équipements et de matériel de travail offerts par l’institution de formation, la valeur du diplôme et la rigueur scientifique dans le travail. C’est le résultat d’un ensemble d’efforts conjugués par des personnes et des institutions. En somme, le choix d’une institution universitaire pour entreprendre des études doctorales doit se faire avec soin et jugement.

En effet, chaque cours dispensé à l’ISTEAH est une valeur ajoutée à votre formation professionnelle. En peu de temps, vous pourrez apprécier les impacts de vos actions dans vos domaines de travail respectifs et dans vos relations avec les autres.

6. VALEUR AJOUTÉE DE LA FORMATION DOCTORALE À L’ISTEAH

Dans les référentiels des programmes de formation de 3e cycle universitaire sont insérées les différentes compétences disciplinaires et transversales attendues chez le titulaire du diplôme de doctorat. Des recherches ont été déjà réalisées sur les spécificités des compétences et l’employabilité des docteurs [3]. La formation doctorale reçue à l’ISTEAH m’a permis de développer ces compétences. D’une part, cette formation m’a permis d’acquérir des connaissances et de développer une expertise dans un domaine particulier qui est

la didactique de la science et technologie. J’ai acquis des connaissances multidisciplinaires sur les différentes méthodes de recherche scientifique. D’autre part, elle a pu soutenir le développement de mon sens critique, de ma capacité analytique, de ma compréhension et de mon sens éthique. Je me sens plus mature et prêt à accomplir différentes tâches (professionnelles, d’encadrement, administratives, d’enseignement et de service à la communauté) dans les postes que j’ai occupés et dans ceux dans lesquels j’évolue actuellement [3]. La formation doctorale fait de moi un professionnel qui prend des initiatives et propose de nouvelles idées avec plus de rigueur et d’autonomie. Tout en restant humble et ouvert aux autres, j’en tire plus d’assurance, plus de crédibilité et de confiance en moi. Mes collègues de travail et mes employeurs me sollicitent et me délèguent des postes plus exigeants et plus prestigieux. Concernant mon développement personnel et professionnel, la formation doctorale à l’ISTEAH m’a orienté vers le postdoctorat. Depuis septembre 2022, je travaille à me former davantage à la communication scientifique à l’oral comme à l’écrit avec la professeure qui supervise mon stage postdoctoral. Je m’implique dans divers projets conduisant à la publication d’articles dans des revues professionnelles et scientifiques. Un premier article collaboratif est déjà accepté, un autre, personnel, est en évaluation. Je travaille à un projet de livre sur la formation pratique en sciences au primaire. En plus de la valeur ajoutée de la formation, il est important de mentionner son caractère pertinent. Elle tient compte des vrais problèmes haïtiens et tente de former des gens pour une Haïti nouvelle. Les paragraphes suivants mettent cet aspect en lumière.

7. LIEN DE LA FORMATION DOCTORALE À L’ISTEAH AVEC UNE HAÏTI NOUVELLE La

recherche scientifique est très peu développée en Haïti. Le manque de mesures incitatives et la pénurie de ressources humaines et matérielles sont des défis auxquels doit faire face le chercheur œuvrant dans le contexte haïtien. Les productions scientifiques en provenance des universités sont insuffisantes, parfois absentes pour certaines. Or, la recherche scientifique est devenue une pierre angulaire dans le développement d’un pays. La nouvelle Haïti sera possible avec des chercheurs haïtiens qui vont œuvrer dans plusieurs domaines. Les opportunités sont multiples, car l’une des raisons d’être de la recherche scientifique est la présence de problèmes. Il faut à Haïti des fils et des filles préparés et prêts à s’investir dans divers champs. La formation doctorale à l’ISTEAH a pour objectif de former des scientifiques hautement qualifiés et compétents pour répondre aux besoins du pays. Tout au cours du cheminement, des cours abordant l’aspect historique du contexte haïtien sont offerts aux étudiants. Ils leur permettent de mieux comprendre la complexité des différents systèmes (santé, éducation, agriculture, finance, politique…). La formation se veut, avant tout, haïtienne tout en gardant la scientificité de ce qui est proposé. C’est une véritable formation académique au métier de chercheur. Les thématiques abordées

dans les différentes thèses mettent l’accent sur de vrais problèmes de la société haïtienne. Leurs résultats contribueront grandement au progrès d’Haïti. Certes, la majorité des professeurs et des personnes-ressources sont ailleurs. Comme il est mentionné dans la section 5, ils sont d’origine et de cultures différentes. Cependant, ils ont conscience de la réalité et du contexte haïtien. Tous les diplômés devraient être en mesure d’occuper des postes, de prendre des décisions étatiques éclairées pour le bien-être des citoyens haïtiens. L’ISTEAH prépare des cadres, des scientifiques qui peuvent s’impliquer activement dans la conception, la proposition et l’élaboration des projets, des initiatives, des programmes d’enseignement et de formation prenant en compte les besoins de la population haïtienne. L’expertise des scientifiques est un atout dans la prise de décisions haïtiennes par et avec les Haïtiens. En fait, quand la connaissance du milieu et la compréhension du problème sont combinées avec l’expertise des gens, les solutions proposées sont plus durables.

8. CONCLUSION

ET PERSPECTIVES Entreprendre des études doctorales au pays est de plus en plus accessible avec la présence de l’ISTEAH. L’institution a révolutionné l’accès, la manière de faire, le contenu offert et la valeur du diplôme obtenu. C’est une opportunité pour le pays d’avoir en dix ans d’autres docteurs venus s’ajouter à ceux qui s’adonnaient déjà à la recherche scientifique. Les ressources humaines multidisciplinaires mises à la disposition des étudiants leur permettent de développer des compétences disciplinaires et transversales qui sont indispensables au bien-être de la société haïtienne. Il revient à chacun des diplômés de l’ISTEAH de continuer son développement professionnel. Il serait avantageux pour le pays que chacun de nous (diplômés), quels que soient son champ d’expertise et son projet personnel, continue de faire de la recherche sur Haïti. Dans une perspective d’une Haïti nouvelle, il est nécessaire de passer de la théorie à la pratique. Certes, en tant que chercheur, je dois continuer à me former à la communication scientifique, mais parfois, de petits gestes pratiques et des interventions auprès de ma communauté peuvent aider. J’espère voir un jour la mise en pratique des résultats issus des thèses des docteurs de l’ISTEAH dans les prises de décisions nationales. Quant à l’ISTEAH, je souhaite que cette institution perdure au pays.

BIBLIOGRAPHIE

1 Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP). Direction de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (DESRS). (2023). Liste des 178 Institutions Privées et Publiques d’Enseignement Supérieur (IES) reconnues. [En ligne], https://www.haitilibre. com/docs/Les-Universites-reconnues-d-Haiti-DESRS_-2023.pdf (Consulté en octobre 2023). 2 Moreau, K. (2016). La situation institutionnelle de l’enseignement supérieur et universitaire en Haïti. Haïti Perspectives, vol. 2, no 14, p. 14-16. 3 Durette, B., Fournier, M. et Lafon, M. (2012). Compétences et employabilité des docteurs. Paris : Adoc Talent Management. [En ligne], https://www.aefinfo. fr/assets/medias/documents/1/6/16033.pdf (Consulté le 2 août 2023).

Un mémoire de maîtrise ou une thèse de doctorat sans publication est une œuvre inachevée

« Publish or perish », répète-on souvent dans les milieux universitaires. Cette boutade s’inspire directement de la théorie de l’évolution selon laquelle seuls les plus forts survivent. En effet, dans le monde académique, les plus forts publient et survivent, alors que les autres qui ne publient pas ont tendance à périr. Le succès d’une carrière universitaire se mesure principalement par l’importance des contributions en recherche, souvent mesurée par la quantité, la qualité et l’impact des publications scientifiques. Haïti Perspectives offrira désormais la rubrique Mémoires & Thèses avec comité de lecture. Une rubrique au service des étudiant-e-s gradué-e-s et de leur directeur ou directrice de recherche, pour soutenir le développement de leur carrière de chercheur-e en publiant des articles originaux découlant de leur projet de recherche. Visitez www.haiti-perspectives.com pour les instructions et soumettez vos articles à haiti-perspectives@grahn-monde.org

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